L’oeil de Claude Simon

Détail montage01

Sur la planche 3 du plan du Jardin des Plantes l’avant-dernière ligne montre que le passage « Belgique survolée de nuit », finalement intégré à la toute fin de la première partie (70), devait être placé ou a été rédigé au début (8). Deux moments donc: l’écriture et le montage, au cours duquel c’est la logique picturale qui domine, l’harmonie des mots davantage que la chronologie ou la causalité.

Détail montage

On trouve cette page dans le livre publié cette année aux Presses de la Sorbonne nouvelle sous la direction de Mireille Calle-Gruber, Les Triptyques de Claude Simon ou l’art du montage. L’ouvrage est accompagné d’un DVD, mettant à disposition le court-métrage l’Impasse et deux émissions dont un Apostrophe qui le met face à Pierre Boulez. Beau programme pendant lequel Boulez évoque la « périodicité » à l’oeuvre dans le travail de Simon: leitmotivs, réemplois, résonances.

On y trouve aussi ceci, à la page 139, dans la reproduction d’un article de lui paru dans les Lettres françaises de 1958, répondant à la question « Qu’est-ce que l’avant-garde en 1958? » :

« Surtout l’artiste ou l’écrivain se défie des interprétations: il regarde avec soin, dresse patiemment des inventaires (Molloy compte et recompte ses cailloux), limite ses objectifs. Le champ de la vision se rétrécit volontairement, l’attention se fait plus aiguë, se concentre: c’est la fin de l’homme-orchestre, du touche-à-tout. Tintoret, rapporte la tradition, était capable de peindre en quinze jours une immense Crucifixion aux innombrables personnages; Cézanne peinait des mois pour « copier » (mais de quelle façon!), un visage, trois pommes; Van Gogh voit dans un coin de prairie autant de merveilles que Véronèse dans les monumentales « Noces de Cana ». Pareillement, alors que Tolstoï remue les héros à la pelle, Michel Leiris rapportant, ou plutôt « observant », une idylle – à peine formulée – entre lui et une putain de bousbir, a écrit un des plus authentiques et rares chef-d’oeuvres de la littérature française ».

Comme il y a un « oeil du quattrocento », identifié par Michael Baxandall, il y a chez Claude Simon « un oeil du court 20ème siècle », celui des grandes catastrophes, qui a fait perdre à bon nombre d’artistes l’illusion d’une compréhension totale du monde, expression de la toute puissance du génie créateur. Un « oeil-caméra ». Le cadre est moins large, l’objet d’étude plus limité, mais l’image peut être plus exacte. Un autre réalisme.

Quelques lignes plus haut, après avoir comparé le travail du romancier à celui du scientifique:

« Une seule règle : la précision ».

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