La voix de Claude Simon

Il faut écouter et podcaster le Mardi des auteurs du 5 janvier dernier consacré à Claude Simon. On pourra de nouveau entendre sa voix merveilleuse d’ambiguïtés, dont on ne sait pas trop si elle est rocailleuse ou douce, aiguë ou grave, dont on se demande si elle se moque un peu de la question posée (quand cette dernière étonne ou amuse l’écrivain), ou si l’on doit rendre hommage à sa bienveillance et à sa pédagogie. Car Claude Simon est un des écrivains qui parlent le mieux de la littérature, de l’art en général, et de ses propres textes en particulier. Un de ceux qui sait se sortir de ce genre obligé et souvent ennuyeux – l’interview d’auteur – pour s’élever, sans jargonner ni simplifier, au-dessus de son oeuvre, et à nouveau, mais d’une autre manière, faire entendre sa littérature. Ses textes, comme il est dit au cours de l’émission (par lui, par d’autres), naissent d’un regard et puis, une chose appelant l’autre, l’observation gagnant encore en acuité et en précision, les branches se ramifient à l’extrême, l’artiste décompose, recompose, un nouveau bourgeon apparait, une nouvelle efflorescence, et le « bricolage » devient art. C’est donc un oeil, avant tout, et on ne saurait lire facilement cette prose à haute voix. Lui-même a toujours refusé l’exercice.

Il est ici accompagné par d’autres (Michel Butor notamment, voilà qui plaira à Loran Bart) au cours de ce beau programme, très simple et très efficace pour qui voudrait découvrir son oeuvre. Les deux metteurs en ondes, Matthieu Garrigou-Lagrange et Jean-Claude Loiseau, lui laissent le mot de la fin. C’est le 9 décembre 1985, une seul journaliste française (Marianne Alphant pour Libération) a fait le déplacement pour écouter son discours de réception du Prix Nobel de littérature. Claude Simon parait un peu ému:

« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Sur les sentiments que peut éprouver un lauréat distingué par l’Académie royale suédoise, l’un de mes « confrères Nobel », comme nous appelle le docteur André Lwoff dans une lettre qu’il a eu la gentillesse de m’adresser, s’est on ne peut mieux expliqué:

« La recherche étant un jeu, écrivait-il dans son remerciement, il importe peu, en théorie tout au moins, que l’on gagne ou que l’on perde. Mais les savants » (et je dirais aussi les écrivains), « les savants, donc, possèdent certains traits des enfants. Comme eux ils aiment gagner et comme eux ils aiment être récompensés », à quoi André Lwoff ajoutait: « Au fond de lui-même, tout savant (tout écrivain, dirais-je encore) « désire être reconnu ».

Et, si j’essaie d’analyser les composantes multiples de cette satisfaction par certains côtés puérile, je dirais que s’y mêle une certaine fierté qu’au-delà de ma personne l’attention se trouve ainsi attirée sur le pays qui pour le meilleur et malgré le pire est le mien et où il n’est pas mauvais que l’on sache que, en dépit de ce pire, existe comme une obstinée protestation, dénigrée, moquée, parfois même hypocritement persécutée, une certaine vie de l’esprit, qui, en soi, sans autre but ni raison que d’être, fait encore de ce pays un des lieux où survivent, indifférentes à l’inertie ou parfois même à l’hostilité des divers pouvoirs, quelques-unes des valeurs les plus menacées aujourd’hui. »

(Discours de Stockholm, Pléiade, p.887, légèrement modifié, fidèle ici à la version orale)

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27 Responses to La voix de Claude Simon

  1. Tania dit :

    Je n’ai pas encore réussi à écouter l’émission.
    Le dernier paragraphe du discours de Claude Simon – « une certaine vie de l’esprit, qui, en soi, sans autre but ni raison que d’être, fait encore de ce pays un des lieux où survivent, indifférentes à l’inertie ou parfois même à l’hostilité des divers pouvoirs, quelques-unes des valeurs les plus menacées aujourd’hui » – ne correspond-il pas aussi à certains champs de la blogosphère?

  2. schoellkopf dit :

    Par la littérature, par l’art, sans ostentation, sans jamais sacrifier aux appels de la renommée et de la notoriété si parisiano-française, il reste possible de résister.
    Merci pour ce texte, merci pour les promenades avec Sebald, Merci pour les merveilleux paysages enneigés… Le monde, le vrai, qui nous manque.

  3. Berlol dit :

    Voici le message que j’ai envoyé à la page de l’émission le 30 décembre et qui n’a jamais été mis en ligne :
    « Je me réjouis à l’avance de cette émission mais je me demande si le choix des invités est pertinent pour découvrir comment il est possible de lire « aujourd’hui » Claude Simon. En effet, ces invités, si prestigieux et compétents qu’ils soient, à l’évidence, sont également porteurs de discours déjà maintes fois diffusés sur France Culture. Or, il doit y avoir une bonne dizaine d’essais publiés depuis trois ou quatre ans par de jeunes ou assez jeunes chercheurs qui auraient pu éclairer d’un nouveau jour, d’un jour 2010, cet auteur plus guère controversé…
    Il y aura sans doute d’autres occasions ! »
    Et après l’avoir écoutée, je dois dire que s’il était en effet agréable de les écouter, je n’ai strictement rien appris de nouveau.
    Par ailleurs, Butor étant le seul « survivant » du Nouveau Roman (parce qu’il l’a quitté tôt ?), il a beau jeu de passer sous silence les conflits qui l’ont opposé à Robbe-Grillet et à Simon. L’hagiographie butorienne est un révisionnisme en marche.

  4. Sebastien Chevalier dit :

    Berlol vous avez sans aucun doute raison sur l’absence de représentant des études récentes sur Claude Simon. Je vous fais confiance, j’avoue être assez ignorant sur ce sujet et ne pas en suivre l’actualité. De ce point de vue l’émission peut effectivement apparaître comme une occasion manquée (peut-être pourriez-vous nous donner quelques titres de travaux novateurs). Étrange aussi que votre message n’apparaisse pas sur le site (mais de quoi ont-ils peur, il est pourtant très courtois…). Il n’empêche: en 50 mn (le format impose aussi ses limites à ce genre d’émission), je trouve qu’on a ici une bonne introduction (je le précise à un moment: c’est une entrée dans l’oeuvre, un bon pied à l’étrier), sans fioriture et abordable, et malgré les oublis, les partis-pris. J’apprends rarement des choses nouvelles en écoutant France Culture sur des auteurs que je connais bien, mais j’aime toujours réécouter les voix, me laisser en quelque sorte bercer par une atmosphère (à moins d’erreurs grossières, mon esprit critique décline dangereusement comme vous le voyez). Pour ce qui est d’aller plus loin, il ne faut pas trop se faire d’illusion, mieux vaut aller directement aux livres. Reste, et c’est ce que je voulais souligner dans ce billet, le plaisir incomparable d’écouter sa voix et son discours, toujours très limpide et très éclairant. On entend aussi une belle lecture de Michel Bouquet d’ailleurs, je ne l’ai pas mentionnée. Il existe aussi un Bon plaisir de trois heures (1993), qui avait été rediffusé en 2005 à l’occasion de sa mort. En attendant une rediffusion ou un programme plus approfondi, je maintiens donc mon conseil.

  5. Sebastien Chevalier dit :

    @Tania et Schoellkopf: certains champs peut-être sont des lieux de résistance (le mot est malheureusement tellement utilisé qu’il en perd parfois son acuité), mais la blogosphère ne me paraît pas plus vertueuse que la société dont elle est issue. Il y a même parfois dans les commentaires sur certains sites, et y compris dans le domaine de la littérature, une violence surprenante qu’autorise l’absence de vis-à-vis. Disons qu’on y trouve quand même (en matière littéraire notamment) des choses (création, critique, débat) qui ont quelque peu déserté la plupart des revues papier. Cependant la « vie de l’esprit », sa survie même, trouve à mes yeux son meilleur refuge dans une bonne bibliothèque : Claude Simon, Robert Musil, Sebald, etc.
    J’en profite pour préciser les changements que j’ai introduits dans le discours de Simon. A Stockholm (on l’entendra dans l’émission) il dit clairement: « l’attention se trouve ainsi attirée sur le pays qui pour le meilleur et malgré le pire est le mien et où il n’est pas mauvais que l’on sache que, en dépit de ce pire, existe comme une obstinée protestation » alors que dans le texte de la Pléiade on trouve le plus traditionnel « pour le meilleur et pour le pire », puis, quelques mots plus loin « malgré » en lieu et place de « en dépit de ». A mes yeux ça n’est pas qu’anecdotique. Il y a dans « pour le meilleur et malgré le pire » une distance plus grande au pays, une « protestation » plus claire, que l’officiel et marital « pour le meilleur et pour le pire ».

  6. Martin dit :

    merci pour cet « avertissement », j’aurais presque raté le podcast, en train de l’écouter entre les bruits moteur que fait mon fils dans ces environnement playmobil et celui du lave-vaisselle…
    et claude simon y perce à travers les extraits et les témoignages d’amis

  7. Sebastien Chevalier dit :

    Faites comme moi Martin: dites à votre fils de laisser ses playmobils, installez-lui un petit tabouret devant l’évier, et faites-lui faire votre vaisselle pendant que vous écoutez tranquillement Claude Simon.

  8. jdk dit :

    Berlol, Michel Butor n’est certainement pas le « seul survivant » du Nouveau Roman, vous oubliez Claude Ollier et c’est grave, très grave d’oublier Claude Ollier, surtout quand on a l’air si sûr de soi…

  9. Berlol dit :

    Oh non ! je n’oublie pas Claude Ollier, et j’en ai même beaucoup parlé ailleurs. Mais il s’est toujours tenu à l’écart des polémiques et même de la plupart des commentaires sur le NR, dont il était très marginal. J’attends d’ailleurs ses deux derniers livres (étant au Japon, ça prendra quelques jours…).

  10. jdk dit :

    Très marginal, ça me paraît un peu excessif, ne serait-ce que dans la mesure où il a rencontré Robbe-Grillet bien avant que Robbe-Grillet devienne Robbe-Grillet… De toute façon je ne cherche pas à débattre, je ne faisais que noter en passant le nom de Claude Ollier que je tiens pour un très grand narrateur, malheureusement encombré par son appartenance à un groupe qui n’en était pas un et malmené par des aventures éditoriales trop retorses. D’ailleurs je n’attends pas ses deux derniers livres, que j’ai à côté de moi (étant en Chine, ça ne prend que quelques jours…).

  11. Berlol dit :

    Bonne lecture ! Les miens ne vont pas tarder…

  12. jdk dit :

    (Si vous ne l’avez pas lu, ou si vous l’avez lu mais il y a longtemps, lisez « Une histoire illisible » (Flammarion), c’est un roman parfait, si tant est qu’on puisse définir une perfection romanesque à partir d’éléments simples : fluidité, mystère, simulacre, révélation.)

    (Volodine n’est pas traduit en japonais ?)

  13. Berlol dit :

    Merci du conseil. Justement, c’est un de ceux que je n’ai pas encore lu.

    Un seul Volodine a été traduit, « Alto solo », qui n’a pas très bien marché. Il y a des traducteurs motivés mais les éditeurs rechignent…
    Et en Chine ?

  14. jdk dit :

    Malheureusement rien. Ça ne marcherait pas. Le fait qu’il parle de la Chine comme il en parle n’arrange rien. Mais même sans cela. Par contre Claude Simon, viennent de paraître « La Route des Flandres » et « Les Géorgiques », ils en vendront 2000 ou 3000 à tout casser. Les éditeurs chinois sont frileux. Pourtant il y a un éditeur de la province du Hunan qui avait passé un contrat avec les Éditions de Minuit et il y eu les premiers titres de Christian Oster, d’Hélène Lenoir, d’Échenoz très mal traduit, de Toussaint bien sûr mais pas comme au Japon. Succès quasi nul. Comme si la littérature française, pourtant très influente d’une certaine façon par le biais de Hugo, de Dumas, de Zola, ne pouvait pas être contemporaine ; mais je pense qu’au Japon c’est la même chose. (Je suis en train de lire « Rendez-vous secret » de Kôbô Abé : saisissant.)

  15. jdk dit :

    (Je ne suis qu’à 400 km de Blagovetchensk où censément Maria Soudaïeva…)

  16. Berlol dit :

    Vous me confirmez donc que les contenus politiques contemporains restent bien censurés ou auto-censurés par les éditeurs. Au Japon, le problème est uniquement économique. Mais au fond, cela se rejoint…
    À voir le récent site de Jean-Philippe Toussaint, on pourrait penser que ça cartonne là-bas pour lui :
    http://www.jptoussaint.com/chine.html
    C’est vrai que les contenus politiques y sont mieux cachés 😉
    Pour Maria Soudaïeva, ça serait bien que vous fassiez un saut pour rechercher ses traces ou ramener un document d’état-civil…
    On pourrait aussi correspondre en dehors du blog de Norwitch, qui doit nous maudire…

  17. Sebastien Chevalier dit :

    Vous maudire? Certainement pas. La réception des auteurs français en Asie, voilà qui m’intéresse (vous comprendrez que je ne participe pas à l’échange depuis Paris). Et puis c’est la première fois en ce lieu assez récent qu’un tel dialogue s’instaure, alors s’y mêle la satisfaction du taulier de voir qu’on n’est pas mal chez lui au point qu’on l’oublie un peu et qu’on s’éloigne (enfin pas trop en l’occurrence) du sujet de départ.

  18. jdk dit :

    Sébastien : en Chine, la réception n’est pas brillante. À vrai dire la place des traductions françaises dans l’ensemble des traductions est beaucoup plus réduite que ce que l’on peut supposer en étant Français et en croyant dur comme fer que la France est un grand pays de littérature. Lorsque Le Clézio a eu le prix Nobel, par exemple, les éditeurs se sont aperçus d’une part que les titres déjà publiés comme « Le Procès-verbal », « La Guerre » et « Poisson d’or » s’étaient fort mal vendu, et d’autre part que les multiples rééditions n’ont eu aucune espèce de succès, les livres traînent en rayon (jusqu’à la fin du monde, pour ainsi dire, puisqu’il n’y a pas de retours comme c’est le cas en France pour les nouveautés). Je prends un autre exemple, Amélie Nothomb, il y en a au moins deux qui sont traduits, mais pas beaucoup plus, et ça n’a guère de succès ; pareil pour Modiano. « Le Rivage des Syrtes » a été traduit il y a dix ans, et le livre qui n’a été diffusé qu’à 3000 exemplaires dans toute la Chine est épuisé et introuvable (sinon proposé sur internet à 90 euros…).

    Pour résumer les choses, je pourrais dire que la littérature française traduite en chinois est tout au bout d’une chaîne éditoriale qui ne ressemble en rien à la nôtre : les librairies chinoises sont grandes, parfois immenses, mais la quantité de littérature y est toute petite, et à l’intérieur de cette petite quantité la quantité de traductions est plus petite encore, et à l’intérieur de cette plus petite quantité la quantité de traductions françaises est ridicule. Il y a des titres. On peut acheter les livres par internet : encore faut-il savoir qu’ils existent, et être prêt à payer, fût-ce l’équivalent d’un euro.

    Car ce que l’on constate aussi, c’est que même si les livres publiés en Chine sont bon marché (de moins en moins, certes, mais tout de même), l’achat n’est pas un réflexe, beaucoup feuillettent pendant des heures dans les librairies, il ne viendrait pas à l’idée d’un étudiant d’acheter un livre qu’il peut emprunter à la bibliothèque de son université, et la boucle est bouclée : du point de vue des éditeurs, à l’exception très notable de cet éditeur du Hunan dont je parlais plus haut, et de quelques autres très discrets, la littérature traduite n’est pas rentable, et la littérature française l’est encore moins que la littérature américaine et anglaise.

    La littérature japonaise est abondamment traduite, mais ça se comprend très bien, ce n’est pas comparable.

    Il y aurait beaucoup de choses à dire et à préciser, mais je finis avec l’exception Duras, dont presque toute l’œuvre est traduite, et qu’on trouve dans toutes les librairies, parce que le travail de traduction a bénéficié du soutien du ministère des Affaires étrangères. À part Duras donc, bien traduite, bien imprimée et bien diffusée, la littérature française contemporaine est… invisible.

  19. jdk dit :

    Le dernier paragraphe sur Duras m’obligeant à ajouter ceci, que la France se gargarise avec la francophonie, mais que dans la réalité des faits la francophonie est une catastrophe, que dans la réalité des faits le soutien du ministère des Affaires étrangères est efficace mais que faute de moyens, faute d’intérêts, et peut-être aussi parce que le personnel diplomatique n’est plus exactement ce qu’il était, ce soutien est réduit au minimum. Le cas Duras en Chine est pourtant très clair : avec un peu d’investissements, avec un accord intelligent passé avec un éditeur compétent, ça marche, ça existe, c’est là. Mais tel n’est pas dans les faits l’objectif de la francophonie ; dans les faits l’objectif de la francophonie est de former toujours plus de francophones, aveuglément et obsessionnellement. Mais investir dans une politique littéraire, passer des contrats avec des éditeurs et des traducteurs, prendre pour son devoir de diffuser des écrivains qui pourraient avoir du succès, comme Modiano, comme Tournier, comme Gracq, ou comme Robbe-Grillet qui est pourtant si influent chez les écrivains et chez les cinéastes de la génération des années 80 en Chine (Wang Chao, par exemple), ça, oh là, non. Pas intéressant. Pas utile. Pas les directives. Pas le temps.

  20. Sebastien Chevalier dit :

    Et la recherche? Savez-vous qui sont les auteurs les plus étudiés en Chine? j’imagine (j’ai entendu dire) que faire sa thèse sur un auteur français là-bas n’était pas forcément très stratégique.
    Dans l’ensemble, quels sont les auteurs (hors les best-sellers type Da Vinci bien sûr) étrangers qui dominent?
    Berlol au fait, pourriez-vous nous indiquer quelques titres d’études novatrices sur Simon (si elles sont accessibles)?

  21. Berlol dit :

    Merci, Sébastien, pour l’accueil. Et merci, Julien, pour les informations sur l’état de la littérature française en Chine ; ça nous change de la langue de bois éditoriale et de l’autosatisfaction des services culturels. À ce sujet, le désengagement diplomatique en matière de culture est massif. Vu du Japon, en tout cas. Entamé gentiment avant Sarkozy, il est maintenant grossier et sans complexe. Tous les moyens (qui restent) sont concentrés sur quelques opérations-phares très médiatisées et le reste est abandonné. Pour le livre, les invitations d’auteurs ont été divisées par trois ou quatre…

    En ce qui concerne les études sur Claude Simon, je vous conseille les « Cahiers Claude Simon » dirigés par Laurichesse, le livre d’Aymeric Glacet (2007), « Claude Simon chronophotographe », celui de David Zemmour et Georges Molinié, « Une Syntaxe du sensible » (2008). J’en ai vu un ou deux autres, récemment, mais ne les ai pas encore commandés ni vus. Ce sera peut-être pour mon prochain passage par Paris… Par ailleurs, les Actes d’un colloque auquel j’ai participé il y a un an et demi à la Sorbonne sont à paraître mais je ne sais pas quand.
    Voir dans mes 14 et 15 mai 2008 :
    http://www.berlol.net/jlr200805.htm

  22. racine dit :

    Votre conversation est passionnante, merci Sébastien de la laisser s’épanouir.
    Pour JDK : j’ai lu « La femme des sables » de Kôbô Abé et j’en suis restée sidérée dans un bonheur de lectrice total.
    Je viens de terminer tout Sebald et me prépare poussée par lui à relire Chateaubriand et Rousseau ! Dois-je comprendre qu’il faut aussi que je lise « Les Géorgiques » ou « La route des Flandres » ? Quel livre me conseillez-vous pour le découvrir ?

  23. jdk dit :

    Tous : après Claude Simon, et pour rester un peu dans la même ambiance, avec une belle voix, il y avait Michel Butor hier soir chez Laure Adler : http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/hors-champs/

    Racine : si vous avez aimé le roman de Kôbô Abé, vous adorerez le film de Hiroshi Teshigara, du même nom, prix spécial du jury au festival de Cannes en 64. Superbe. Hiroshi Teshigara a adapté trois des romans de Kôbô Abé dont Kenzaburo Oé disait qu’il était son indépassable maître.

    Racine encore : s’il s’agit de « découvrir » Claude Simon, si vous ne l’avez jamais lu, je vous dirais volontiers de commencer par le dernier, par le plus proustien, par le plus linéaire, par « Le Tramway ». Et si ça vous plaît, de revenir au début et de les lire dans l’ordre chronologique ; Claude Simon ne pouvait pas écrire, n’a pas écrit « La Route des Flandres », « Triptyque », « L’Acacia » sans passer d’abord par des textes plus économiques, plus immédiats, il y a une véritable progression dans l’écriture de Claude Simon, et c’est pour ça qu’après l’introduction du « Tramway » je crois qu’il faut lire ses textes dans l’ordre chronologique, afin que Claude Simon nous apprenne à lire ses textes comme il a appris à les écrire.

    (Je disais plus haut qu’il ne fallait pas oublier Claude Ollier, et derrière cette phrase il y en avait une autre dans l’ombre : il ne faut pas oublier Jean Ricardou, quoi qu’on en pense par ailleurs, et quoi qu’en ait dit Robbe-Grillet avec son éternel sourire et son éternelle ironie, car Ricardou a été capital, non pas tant dans la constitution volontaire du Nouveau Roman que par ses gestes critiques qui ont considérablement influencé Robbe-Grillet et Simon, et ni celui-ci ni celui-là n’auraient pu écrire « Projet pour une révolution à New-York » ni « Triptyque », ni tout ce qui s’est appelé le Nouveau Nouveau Roman, sans avoir lu et surtout entendu les analyses techniques de Ricardou. Mais Ricardou…)

    Sébastien : je ne saurais pas vous répondre sur la recherche, je ne sais pas. Les best-sellers, eh bien « Twilight » est partout, « Da Vinci Code » aussi, « Harry Potter » aussi, le bouquin d’Obama… Il y a des romans qui ont du succès, par exemple un roman posthume de Chang Eileen, et puis des romans japonais, Kundera et Haruki Murakami sont très à la mode parmi les étudiants (Haruki Murakami écrit beaucoup, en France c’est une toute petite partie qui est traduite, mais en Chine TOUT est traduit, parce que les langues sont proches évidemment, il n’y a pas cette pesanteur de traduction, et parce qu’il y a à Qingdao un prof de japonais qui se propose de traduire tous les livres de Murakami : la traduction dépend toujours de l’obsession et de la fidélité d’un traducteur), les très nombreux et très épais romans de Junichi Watanabe aussi : il est très connu en Chine, beaucoup lu par les jeunes, je crois (Berlol nous dira ça mieux que moi) qu’il est très connu au Japon, des films sont adaptés de ses romans, mais rien n’est traduit en France, pour ceux que ça intéresserait on trouve en anglais « Beyond the blossoming fields ».

  24. racine dit :

    Merci JDK pour cette réponse. Je finis « Séjours à la campagne » de Sebald, qui m’a rendu si présente la présence de Rousseau sur l’Ile-Saint Pierre et je lis « Le tramway » dès demain. Je retiens également le nom du film.
    Cette série de commentaires est vraiment passionnante, c’est un choc culturel dont je n’imaginais pas l’existence perdue dans ma province française aussi lointaine finalement que le mont Fuji puisque j’ai attendu 10 ans avant de découvrir Sebald !
    Amitiés de Limoges France.

  25. Sebastien Chevalier dit :

    J’ajoute le Jardin des plantes aux conseils de JDK. Ses « lopins », comme dit Montaigne placé en exergue, peuvent impressionner et dérouter au départ, mais ce sont des pièces de mémoires qui remettent en mouvement tout l’univers de Simon. Un texte fascinant.
    Mon parcours: d’abord la Route des Flandres: on s’y enfonce comme dans une forêt dense, un marécage. C’est étouffant (c’est dit dans l’émission) et en même temps il est impossible d’en arrêter la lecture. Puis le Jardin, à l’autre bout de l’oeuvre, et le Tramway, l’Acacia. Les Géorgiques, en parallèle d’une lecture de Revenances de l’histoire, un très beau texte de Jean-François Hamel chez Minuit, qui fait résonner le texte avec le 18 Brumaire de Marx, mais aussi Michelet, Nietzsche, le confronte à l’Hommage à la Catalogne d’Orwell.
    Le discours de Stockholm est un texte qui résume avec une grande clarté ses préoccupations artistiques, autre manière pour lui de nous « apprendre à lire » comme dit JDK. C’est pour moi un modèle de leçon: d’écriture et de lecture.

  26. Berlol dit :

    Merci, Julien, je ne l’aurai peut-être pas vu, ces jours-ci…

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