Le mercredi 6 septembre 1939

Dans la guerre (2)

Virginia Woolf, Monk’s House, Rodmell, Sussex

Notre première alerte aérienne ce matin à huit heures et demie. Un bourdonnement qui petit à petit s’est insinué dans la maison alors que j’étais encore au lit. Me suis habillée et suis sortie sur la terrasse avec L. Le ciel était dégagé. Toutes les maisons étaient fermées. Petit déjeuner. Fin de l’alerte. Dans l’intervalle, un raid sur Southwark. Rien aux informations.

Les Hepworth sont venus lundi. Une visite aux allures de traversée en mer. Conversation forcée. Ennui. Les choses ont perdu tout leur sens. Il est pratiquement inutile de lire les journaux. La BBC donne toutes les nouvelles la veille. Le vide. L’inefficacité. Autant que je consigne ceci. J’ai l’intention d’obliger mon cerveau à travailler de force sur Roger. Mais, grand Dieu, voilà bien la pire expérience qu’il m’ait été donnée de vivre. Je note que la violence est bien la chose la plus inintéressante. (…)

Ernst Jünger, Blankenburg (Centre de l’Allemagne)

Après une brève permission, me voici à Blankenburg où je suis un stage. Toutes les guerres commencent par des périodes d’instruction. A Kirchhorst, où j’arrivai tard, je trouvai la petite communauté dans sa caverne de lumière. Au jardin les fruits mûrissent déjà. La vigne aussi réussit de façon surprenante pour cette contrée nordique et marécageuse, grâce il est vrai à la réverbération d’un mur de briques qui conserve chaque rayon de soleil ainsi qu’un capitonnage.

L’état d’esprit du permissionnaire tient du Paradise lost, parce que les conditions dans lesquelles nous vivions habituellement nous sont maintenant accordées par exception. Après une absence prolongée, la figure de celui qui rentre prend une allure fantomatique, une allure de revenant. La vie aime à combler les vides. Depuis l’époque d’Agamemnon, c’est le sujet de la tragédie dont le souffle nous effleure pour peu que nous revoyions un jardin que nous avons quitté. Les fleurs, les fruits fleurissent et mûrissent désormais sans nous.

Paul Claudel, Grenoble

Grenoble pour voir le préfet qui me reçoit aimablement. Toute la correspondance postale ou télégraphique arrêtée.

Adam Czerniakow, Varsovie


Pas dormi de minuit à 5 heures du matin.

Un commentaire pour Le mercredi 6 septembre 1939

  1. Les alertes, les sirènes, l’odeur des caves, l’air humide et suffocant, la vie pourrie, étouffée,
    et puis le retour à la lumière, au jour

    on ne peut imaginer.

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