Enigme printanière et philosophie de plein air

Une petite énigme bucolique pour célébrer le printemps:

Un grand penseur et sa pensée se cachent sur cette photographie. Saurez-vous les retrouver?

Pour vous aider – mais je crois que c’est assez facile – je vous livre un extrait d’anthologie. Le grand penseur a beau être athlétique et vif, mobile, léger (bondissant même) – au point d’être parfois insaisissable -, l’auteur des lignes qui suivent a su le figer en pleine action avec une netteté étonnante.

J’ai vu une série de photographies qu’une photographe de très grand talent a faites de ***, qui a toujours eu l’air d’un officier d’état-major bedonnant, à la retraite, a dit **, et que je vous montrerai un jour; sur ces photographies, *** se lève de son lit, *** se recouche dans son lit, *** dort, il s’éveille, il met son caleçon, il enfile ses mi-bas, il boit une gorgée de vin nouveau, il sort de son blockhaus et contemple l’horizon, il taille son bâton, il met son bonnet, il ôte son bonnet, il tient son bonnet dans ses mains, il écarte les jambes, il lève la tête, il baisse la tête, il met sa main droite dans la main gauche de sa femme, sa femme met sa main gauche dans sa droite à lui, il marche devant la maison, il marche derrière la maison, il se dirige vers sa maison, il s’éloigne de sa maison, il lit, il mange, il trempe sa cuiller dans sa soupe, il se coupe une tranche de pain (cuit par lui-même), il ouvre un livre (écrit par lui-même), il ferme un livre (écrit par lui-même), il se baisse, il s’étire, et ainsi de suite, a dit **. C’est à vomir.

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6 Responses to Enigme printanière et philosophie de plein air

  1. Dominique Hérody dit :

    Heidegger rossé, désossé, par Thomas Bernhard dans Maître anciens !

  2. Oui, Heidegger, c’est le chalet (Die Hütte en allemand, que l’on peut traduire par hutte) dans le joli village de Todnauberg près de Fribourg…Quant au texte de Berhard, mouais, c’est drôle mais bon…

  3. Sebastien Chevalier dit :

    Dominique, bravo, vous avez gagné, et il est vrai que Bernhard désosse pas mal dans Maîtres anciens; tout le monde y passe à un moment ou un autre, de Bach à Mahler, de Goethe à Stifter. Mais on sent qu’il prend quand même un soin particulier à faire le portrait de Heidegger, qui s’étale sur plusieurs pages, et qui commence comme ceci:
    « je le vois toujours assis sur le banc devant sa maison de la Forêt-Noire, à côté de sa femme qui, dans son enthousiasme pervers pour le tricot, lui tricote sans arrêt des mi-bas d’hiver avec la laine, tondue par elle-même, de leurs propres moutons heidegerriens. »

    Laurent, nous n’avons manifestement pas le même humour (Bernhard et Heidegger constituent un test très fiable), et j’avoue, en cliquant sur votre lien, que je me suis demandé ce qui vous avait amené ici… Mystères et œcuménisme de la littérature.

    Ceci dit la puissance de Maîtres anciens repose aussi sur l’accumulation burlesque des récriminations et des démolitions de Reger, critique musical au Times, qui vomit toute la culture occidentale, et fait même de la caricature négative une méthode de vie (quelques pages plus loin). Cette accumulation, un extrait ne peut évidemment en donner l’aperçu, et même la trahit. C’est un peu sa Critique de la critique de la faculté de juger que Bernhard fait tourner à pleine vitesse. Un texte magnifique à mes yeux et plein d’ambiguïtés en tout cas, bien plus que ne pourrait le suggérer le passage cité dans ce petit jeu.

  4. steckelburjer dit :

    La photo est très belle et le passage de Bernhard hilarant, un de ceux que je relis le plus souvent.

  5. Tiens, je viens de découvrir le blog d’un confère alsacien steckelburjer, terme bien local et strasbourgeois !
    M. Chevalier, pas de méprise, je trouve cette critique d’Heidegger pas très folichonne mais étant un grand amateur de Bernhard et de Heidegger, ceci explique cela.
    Enfin, ce qui m’a amené chez vous c’est vos propos sur Sebald ! comme quoi…

  6. Je ne sais pas si cela fait test, mais il m’est impossible de lire cette vacherie (en plus les champs…) de Bernhard sans être dans le ravissement! Cela de la part d’un lecteur qui fut avide de Heidegger et qui ne jette pas le bébé… Mais nous étions si sérieux avec toutes ces autres photos, la « cabane » toujours vue de l’autre côté et comme un minuscule espace où se concentrait, comme dans un tube de lait, La Pensée!
    La rigolade s’adresse à nous aussi!
    Et un super merci pour ce fabuleux blog qui m’est devenu indispensable!

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