« minuscule et surdimensionnée »

Cette photographie du Normandy de Deauville, vue ce matin dans mon journal, m’a rappelé celle qu’on trouve dans les Emigrants.

Les grands de notre monde sont donc réunis (pour la première fois je crois) dans un lieu sebaldien. Avant de consacrer à cet hôtel l’article qu’il mérite dans mon dictionnaire, voici la description qu’en fait Sebald. On en conviendra, elle est d’une étonnante acuité, et même d’une remarquable prescience :

Au contraire des Roches Noires, qui se délitent, l’hôtel Normandy, terminé en 1912, est encore aujourd’hui, à l’autre bout de Trouville-Deauville, un établissement de très grande classe. La construction à colombage, qui s’organise autour de plusieurs cours intérieures et paraît à la fois minuscule et surdimensionnée, héberge désormais presque exclusivement des hôtes japonais pilotés tout au long de la journée, selon un programme des plus précis, par un personnel d’une politesse raffinée, certes, mais surtout, comme j’ai pu l’observer, glaciale, voire confinant à l’indignation. Au Normandy, de fait, on se croit moins dans un hôtel de renommée internationale que dans un pavillon de gastronomie française érigé pour les besoins d’une foire-exposition mondiale à l’extérieur d’Osaka, et pour ma part je n’aurais été nullement étonné, sortant du Normandy, de tomber sur un hôtel de fantaisie alpin ou balinais.

(p. 141, Babel, traduction de Patrick Charbonneau)
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