Paris, le 11 août 1997

Rencontres rêvées (4)

Comme une réponse à ma lecture d’hier je prends connaissance ce soir, à la toute fin de la biographie de Claude Simon, de sa propre bibliothèque idéale. Treize noms (contre quatorze chez Sebald)

Hors concours: Dostoïevski (L’Idiot); Conrad (Le Nègre du Narcisse, Typhon, Au cœur des ténèbres).

Proust (Les Jeunes filles en fleurs, Sodome et Gomorrhe)

Céline

Tchékhov

Balzac (La Muse du département)

Flaubert (Le Voyage en Egypte, Un coeur simple) [permutation possible avec Balzac]

Michelet [permutation possible avec Céline]

Faulkner (avec réserves)

Valéry (Variétés, Poèmes)

Rimbaud (Le Bateau ivre)

Mallarmé (Faune)

Joyce (Ulysse avec réserves)

(cité par Mireille Calle-Gruber dans son Claude Simon, une vie à écrire, Seuil, 2011, p.431.)

notés pour lui-même dans son appartement place Monge, parmi d’autres fragments qui constituèrent finalement le matériau du Tramway, son dernier livre publié en 2001: l’année d’Austerlitz et de la mort de Sebald.

Image: Photos de la place Monge prises par Claude Simon et publiées dans Du, die zeitchrift der kultur, n° 691, janvier 1999, p. 69 (source Fabula).
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16 Responses to Paris, le 11 août 1997

  1. julien dit :

    Et, justement, après avoir relu « L’Invitation » en me promettant de relire « Le Tramway » dont j’ai tout oublié, sauf la première scène, après des nouvelles de Tchékhov et des nouvelles de Roberto Bolano, j’ai essayé de lire « L’Idiot », bien en vain, car je n’ai pas dépassé la deux-centième page, empêtré que je l’étais dans le vaudeville.

  2. Sebastien Chevalier dit :

    Pas mieux de mon côté. Je suis à deux reprises passé à côté de l’Idiot. Mon Dostoïevski: Les Démons, le Joueur, les Carnets du sous-sol.
    Au chapitre des « monuments » qui m’ont laissé de marbre dernièrement (et bien davantage que l’Idiot, c’est le moins qu’on puisse dire), il y a justement 2666 de Bolano, campus novel boursouflé et bourré de poncifs (les dialogues… quelle misère). Pas dépassé la deuxième partie (donc un peu au-delà des deux cents premières pages, je crois).

  3. C’est intéressant ces grands livres qui nous laissent de marbre, ou nous insupportent (alors ils ne sont plus grands du tout). Mon Dostoievski serait plutôt celui de l’Idiot (c’est un avis qui date pas mal mais je me vois encore le lire avec passion). Ulysse, je n’y arrive pas. Je viens de retrouver Faulkner avec joie, très longtemps après. Et, convaincu par Norwich, j’ai commandé Le jardin des plantes, n’ayant quasiment rien lu de Claude Simon. Il me semble que c’est le moment.

  4. julien dit :

    Je ne suis pas absolument convaincu (mais moins simonien que le maître des lieux) que Le Jardin des plantes soit la meilleure entrée dans l’oeuvre de Claude Simon : Le Tramway, plutôt, ou Histoire ? (Mais, dans Le Jardin des Plantes, il y a Ricardou…)
    Au rayon des monuments dont on abandonne sans doute trop vite la visite, plus attiré par ce qu’on voit par la fenêtre que par les parquets et les plafonds, je compterais pour ma part Les Misérables, qu’un ami m’a offert il y a peu, parce que lui-même est obligé de le lire pour des raisons professionnelles (c’est-à-dire scolaires), et ce fut la Bérézina (certes j’ai toujours eu beaucoup de difficultés à lire Hugo mais à ce point-là), je ne saurais pas même mesurer l’énergie et l’effort qu’il me faudrait rameuter pour aller au bout. Je crois que ce serait la même chose avec William Gass mais je n’ai jamais essayé. Je lis (vaguement assoupi) Des putains meurtrières et trois brefs récits de Paco Ignacio Taibo II (que j’ai en quelque sorte hérités) ; et ensuite je m’essayerai à L’Éternel Mari, avec, à l’horizon, les romans polynésiens de Melville.

  5. Je suis à la moitié de « Mardi » de Melville, entamé cet été. Je l’ai laissé de côté car j’étais trop lent (et distrait, je suis un lecteur trop distrait), et me suis embarqué avec Faulkner suite à Frederick Exley, et avant Bellow qui avait tant marqué Exley, « Les Aventures d’Augie March ». Je verrai bien si le Jardin des plantes m’invite à devenir simonien, ou s’il faudra emprunter une autre porte. Ces parcours d’auteur en auteur, ces trouvailles, ces fausses pistes, ces émerveillements, ces cul-de-sac, ces fidélités, ne sont pas pour rien dans le plaisir du lecteur.

  6. julien dit :

    La première des cinq parties de 2666 est la moins bonne et, par son sujet, en effet assez niaise ; mais le reste, qu’on doit lire comme un roman-feuilleton (ou les diverses saisons d’une série, puisque c’est tellement à la mode) plutôt que comme l’impérissable chef-d’oeuvre annoncé, ne m’avait pas déplu (la troisième partie, en particulier) ; ce qui m’avait énormément déplu, par contre, celui des livres de Bolano que j’avais abandonné, ce sont Les Détectives sauvages, livre paraît-il le plus volé au Mexique l’année dernière et qui a (toutes proportions gardées) beaucoup de succès en Chine.

  7. Sebastien Chevalier dit :

    Peut-on trouver une bonne « entrée » dans l’oeuvre de Simon? Je n’ai pas tout lu mais chacun de ses textes me parait si dense et si nécessaire que je serais bien en peine d’en conseiller un qui donnerait le meilleur aperçu de l’ensemble. J’ai commencé par la Route, puis le Jardin, ce dernier gardant, du fait de son caractère surplombant sur l’oeuvre (et la vie) un charme incomparable (un peu comme Autre rivage de Nabokov, dans un autre genre). Pour le reste l’Acacia, les Géorgiques…
    Gass: Julien plutôt que vous lancer dans le gros Tunnel, pourquoi n’allez-vous pas lire sa splendide nouvelle: Au coeur du coeur de ce pays?
    Et Simon, j’oublie, le discours de Stockholm, car Simon, a aussi écrit des textes impressionnants, et limpides, sur la littérature.

  8. julien dit :

    En écrivant William Gass, je voulais écrire William Vollmann. Je tourne autour de La Famille royale, j’hésite, je me tâte.

  9. Sebastien Chevalier dit :

    En effet…

  10. Sebastien Chevalier dit :

    J’ai fini par retrouver cette note (entre autres problèmes d’édition, il n’y a pas d’index) tirée des archives de Claude Simon que Mireille C-G cite à la page 418 de sa biographie. Elle date de 1989-1990 et fait partie des travaux préparatoires au Jardin des Plantes:

    « J’aime les matières comme le bois, les pierres, les briques, le fer rouillé, la toile de sac, je n’aime pas le formica, le ciment armé, j’aime être surpris, étonné, je n’aime pas être agressé, j’aime la modernité, je n’aime pas le modernisme. […] j’aime les gratte-ciel de New-York, je n’aime pas le Forum des Halles, j’aime l’Âge d’or de Bunuel, je n’aime pas Los Oliviados de Bunuel, j’aime Dostoïevski, je n’aime pas Balzac […], j’aime Picasso de l’époque cubiste ou de Guernica, je n’aime pas Henry James et cette emmerdeuse de Virginia Woolf. J’aime un certain Faulkner, je déteste un certain Faulkner […]. »

  11. nuno dit :

    pouvez vous me dire où trouver la liste des livres préféres de Sebald?

    merci, j´aime bcp votre blog

  12. Sur les listes :
    lire le merveilleux « Philosophie des listes » de Bernard Sève (aux Editions du Seuil)…

    Cf aussi, de Bernard Sève, son article « La Main de Montaigne », sur le site « La Vie des idées »
    _ et (très secondairement) mon commentaire de cet article sur mon blog http://blogs.mollat.com/encherchantbien/ :

    http://blogs.mollat.com/encherchantbien/2011/09/30/la-main-de-montaigne-de-bernard-seve-sur-le-montaigne-manuscrit-dalain-legros-introduction-dexpert-montaniste-a-un-travail-decisif-de-lecture-des-rythmes-des-voix-secrivant-ou-montaigne/

    Titus Curiosus

  13. Sebastien Chevalier dit :

    Lisez le billet précédent (ou allez directement à la fin): la liste s’y trouve.
    Elle est citée dans l’ouvrage collectif Saturn’s Moons, paru cette année (en anglais).

  14. julien dit :

    Pas que ce soit intéressant de quelque point de vue que ce soit, mais ça arrache tout de même un sourire : sur les sites des bookmakers (et c’est le cas de le dire), c’est Bob Dylan qui est favori pour le prix Nobel de littérature, devant Adonis que je connais à peine, et Haruki Murakami (on croit rêver) :
    http://sports.ladbrokes.com/en-gb/Awards/Nobel-Literature-PrizeAwards/Nobel-Literature-Prize-t210003519

  15. Stéphane dit :

    Je constate que la bibliothèque idéale de Claude Simon a quelque chose de plus convenu que celle de Sebald (quoique j’apprécie les « réserves » qui la nuancent), ce qui s’explique peut-être par le fait qu’une génération sépare les deux écrivains…

    En tout cas, je me réjouis de voir dans la liste établie par Sebald (et dans celle des livres que vous relisez avec plaisir, Sébastien) l’autobiographie de Nabokov.

    Mais je voudrais par ce petit mot signaler un livre que je n’ai lu que très récemment, qui m’a plongé dans une mélancolie délicieuse (et fascinante, et douloureuse, tant ma lecture a été lente, parfois presque statique, entravée par d’incessants retours en arrière), et qui figure désormais parmi les oeuvres qui comptent le plus pour moi : Voix dans la nuit de Frederic Prokosch (Voices, a memoir), dans lequel l’auteur raconte ses rencontres, en réalité largement fictives, avec des écrivains du XX siècle, au gré de ses voyages et séjours… Un livre de portraits, de dialogues, de rêveries où qui ressuscite les morts dans le demi-jour enchanteur d’un deuil impossible.

    PS : bravo pour Norwich, si étranger à la furie pamphlétaire qui anime tant de blogs littéraires.

  16. Sebastien Chevalier dit :

    Merci pour les conseils Titus et Stéphane. Le bien bel (et efficace) résumé-éloge du livre de Prokosch (dont je n’avais jamais entendu parlé) le place tout en haut de ma liste des lectures à venir.

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