L’immense jardin (4)

Peter Nadas, Le Livre des mémoires, p.151

; j’évoque aujourd’hui ce jardin parce que je sais qu’il n’en reste plus rien, les buissons ont été arrachés, les arbres abattus ; démolie, la tonnelle, avec son treillis vert et ses roses, démantelé, le jardin alpestre, dont les rochers ont été affectés à d’autres usages, tandis que joubarbes, orpins, iris et conferves durent mourir sur place ; la pelouse, quant à elle, fut envahie par les mauvaises herbes, au sein desquelles les chaises blanches du jardin se désagrégèrent, et la statue, noblement grêlée, de Pan jouant de la flûte fut d’abord renversée par une tempête qui la coucha dans l’herbe, puis elle finit par se retrouver au fond d’une cave, privée de son socle ; démolis, les ornements en stuc de l’édifice, abattues, les déesses, qui, la bouche béante et couchées à l’intérieur des coquillages, surplombaient autrefois les fenêtres de la façade, détruits, les chapiteaux spiraloïdes et faussement helléniques des combien fausses clonages, murée, la véranda, et bien entendu, au cours de ces travaux, arrachée, la vigne vierge qui avait été le séjour préféré des fourmis et des insectes, mais, tout en sachant que tout cela est fini et que ce jardin n’existe plus que dans ma mémoire, je parviens à voir, comme autrefois, les feuilles bouger, je hume les odeurs, j’observe le jeu des lumières et la direction des vents et, selon mon bon plaisir, je me retrouve dans le silence de l’après-midi d’un jour d’été.

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3 Responses to L’immense jardin (4)

  1. julien dit :

    Justement, je me demandais si j’allais lire un jour un livre de Nadas ; vous m’avez convaincu. (Pour des raisons assez vagues, qui tiennent pour partie à certaines coïncidences et pour partie à la lecture du Musée de l’innocence d’Orhan Pamuk, je me suis mis à collectionner les marque-pages ; et je me disais que peut-être vous auriez, ici ou là, peut-être en double, certains anciens marque-pages de Coiffard que je serais tout prêt à échanger contre d’autres ?…) (Les Jardins statuaires, de Jacques Abeille.)

  2. Alain Paire dit :

    Je suis de ceux qui craignent de lire des livres à ce point hors normes. Vous autres, vous n’avez pas cette infirmité, vous êtes de la race des grands lecteurs. Tout de même, pour entrevoir j’ai consulté les moteurs de recherche, j’ai trouvé trace de cet entretien qui, comme vos citations de Jardins, m’ont fait comprendre que quelques hongrois sont d’immenses auteurs.
    L’entretien avec Peter Madras est sur ce lien, il est question des « Histoires parallèles »….
    http://litteraturehongroise.fr/entre-les-lignes/2012-02-07/interview-avecnbsppeter-nadas

    Merci aussi pour les images et les extraits de films que vous livrez.

  3. cercamon dit :

    Une longue pause 😦

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