Dictionnaire des lieux sebaldiens (6): La Gare d’Anvers

9 juillet 2009

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Austerlitz, p.11-12

« Au fil des ans, les images que j’ai conservées de ce monde à l’envers se sont mélangées à celles de la salle des pas perdus de la Centraal Station anversoise; et aujourd’hui, dès que j’essaie de me représenter cette salle d’attente, je vois le Nocturama, et, quand je pense au Nocturama, j’ai à l’esprit la salle d’attente, vraisemblablement parce que cet après-midi-là, au sortir du parc animalier, je suis entré directement dans la gare ou plutôt je suis d’abord resté un moment sur la place devant la gare, les yeux levés vers la façade de ce bâtiment fantastique que le matin, à mon arrivée, je n’avais fait qu’entrevoir. Maintenant je me rendais compte que la fonction de cet édifice construit sous les auspices de Léopold II était loin d’être purement utilitaire; je restai en arrêt devant le négrillon érugineux qui, avec son dromadaire, se dresse seul depuis un siècle dans le ciel des Flandres, tout là-haut, à gauche, au sommet d’une poivrière, comme en rappel de l’Afrique, de sa faune et de ses indigènes. »

C’est dans la salle d’attente de la Centraal Station d’Anvers qu’a lieu la rencontre entre le narrateur et Jacques Austerlitz, au début de l’été 1967. Meeting point, point de départ:  elle introduit les personnages, tous deux en terre étrangère, ainsi que le motif de la gare, un des leitmotivs essentiels du livre, qui se décline plus loin à Lucerne (p.17), Prague (p.258), Paris (Gare du Nord (p.300), Gare d’Austerlitz (p.341-343)), et bien sûr Londres où la « ladies’ waiting room » de la Liverpool Street Station est le cadre d’un autre moment fondateur du roman (p.163-165).

Elle introduit aussi à une herméneutique et à une épistémologie, au seuil d’un texte qui raconte la conquête d’un savoir: Jacques Austerlitz y met en œuvre sa connaissance de l’architecture de l’ère industrielle, dans la grande tradition positiviste de l’accumulation érudite des faits historiques méthodiquement identifiés et attestés.

Le déchiffrement des « cartouches de pierre » (p.19), par exemple, rappelle la manière dont Émile Mâle « lisait » la cathédrale gothique comme une bible pour Illettrés:

« gerbe de blé »

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« marteaux croisés »

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La ruche: « le principe de l’accumulation du capital »

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« Les divinités du XIXème siècle – les mines, l’industrie, les transports, le commerce et le capital » dans ce « Panthéon » à la gloire de la Belgique industrielle.

Pourtant, déjà, la démarche intellectuelle d’Austerlitz y prend une orientation plus audacieuse, labyrinthique, structurale, qui cherche à rapprocher des bâtiments éloignés dans l’espace et dans leurs fonctions, mais qui ont un « air de famille » :

« l’impératif d’ordonnance et la tendance au monumental à l’oeuvre dans les cours de justice et les établissements pénitentiaires, les bourses et les gares, mais aussi les cités ouvrières construites sur le plan orthogonal » (p.43).

On est plus proche alors d’Erwin Panofsky, qui ne voyait pas seulement dans les oeuvres artistiques et architecturales des traductions de textes, mais des « formes symboliques », reflets d’une manière de voir le monde propre à une époque (1).

Gare Anvers

La gare d’Anvers est ainsi comme dédoublée de multiples manières par le texte: confondue avec le Nocturama tout proche, à la fois contenant (d’une scène de rencontre) et contenu (d’un savoir), lieu du départ et d’arrivée des voyageurs, mais aussi du récit qui, à peine entamé, y parait menacé d’achèvement précoce. Comme le souligne en effet Richard Bales dans un article que j’ai déjà cité (2), la gare d’Anvers est « productrice d’une mémoire culturelle plus que douteuse », celle de l’exploitation effrénée des richesses et des hommes, du goût de la démesure, que rappelle le « négrillon érugineux » qui partage le ciel avec le dôme. En tant que telle elle est selon lui « peu propice au lancement d’un récit profitable ».

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Dédoublée, elle l’est aussi par la « rénovation lourde » qui a suivi son classement en 1975 comme monument historique, comme me l’apprend le numéro de juin 2009 du mensuel Traits urbains. Aujourd’hui en effet le train n’entre plus par un « sombre viaduc flanqué de deux tourelles » (p.9) mais – comme je l’ai aussi appris, après l’avoir expérimenté, en feuilletant récemment cette revue qu’on ne trouve guère que dans la petite librairie du Pavillon de l’Arsenal, où je me trouvais il y a peu pour tout autre chose – pénètre par un tunnel long de 3,8 km creusé sous le sol, tandis que le voyageur, protégé par la longue verrière (nef?) d’origine, est lentement remonté par des escalators au niveau des galeries commerciales et des guichets.

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Ce n’est qu’après avoir traversé une façade qui peut apparaitre comme un jubé qu’il est introduit dans la fameuse salle des pas perdus inaugurée en 1905. Cette dernière apparait donc à la fois reléguée au rang de survivance touristique quelque peu baroque, et élevée à la dimension d’un sanctuaire mystérieux (3), comme le chœur de la cathédrale (ou le naos d’un temple antique) qu’avait élevée l’architecte Delacenserie pour célébrer l’empire de Leopold II, et dont l’horloge serait la divinité supérieure et inquiétante (4).

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Austerlitz, p.15

« Pendant les pauses de notre discussion, nous prenions l’un et l’autre la mesure du temps infini que mettait à s’écouler une seule minute, et nous étions chaque fois effrayés, bien que ce ne fût pas une surprise, par la saccade de cette aiguille pareille au glaive de la justice, qui arrachait à l’avenir la soixantième partie d’une heure puis tremblait encore une fraction de seconde, lourde d’une menace qui nous glaçait les sangs. »

Ainsi la description que fait Sebald de la Centraal Station rappelle le caractère ambivalent de toute gare, et l’on songe à Proust:

A l’ombre des Jeunes filles en fleurs, p.214 (Folio)

« Malheureusement ces lieux merveilleux que sont les gares, d’où l’on part pour une destination éloignée, sont aussi des lieux tragiques, car si le miracle s’y accomplit grâce auquel les pays qui n’avaient pas encore d’existence que dans notre pensée vont être ceux au milieu desquels nous vivrons, pour cette raison même il faut renoncer, au sortir de la salle d’attente, à retrouver tout à l’heure la chambre familière où l’on était il y a un instant encore ».


Notes:

(1) Dans Architecture gothique et pensée scolastique, la cathédrale gothique était ainsi interprétée par Erwin Panofsky comme le pendant architectural de la pensée scolastique, à l’oeuvre chez Thomas d’Aquin notamment, et pas uniquement comme une mise en forme de la Bible.

(2) Richard Bales, « ‘L’édifice immense du souvenir’, Mémoire et écriture chez Proust et Sebald », Recherches germaniques, Hors-série N°2, 2005, p.132

(3) Un érudit local me signale d’ailleurs que cette salle d’attente est encore, parfois, le théâtre de manifestations étranges, dont on a bien du mal à décider si elles relèvent du sacré ou du profane.

(4) On pense aussi à l’article d’E. P. Thompson paru sous forme de livre en français: Temps, discipline du travail et capitalisme industriel, La Fabrique, 2004

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Dictionnaire des lieux sebaldiens (5): Autour du boulevard Blanqui

29 juin 2009

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Austerlitz, p.302

« Aussi n’ai-je pas tardé à sillonner sans but précis les petites rues qui donnent sur le boulevard Bianqui, remontant d’un côté jusqu’à la place d’Italie et descendant de l’autre jusqu’à la Glacière, toujours dans l’espoir insensé que je pourrais inopinément croiser mon père ou le voir sortir d’un immeuble. » (traduction Patrick Charbonneau)

Dans mon édition (Actes Sud, 2002) le nom du boulevard est bizarrement et systématiquement orthographié « Bianqui », alors que les manuscrits qui ont été récemment présentés à Paris laissent peu de doute sur le « l ».

Peu importe, c’est l’occasion de revenir une dernière fois dans ce quartier de la Glacière, près de la Butte-aux-Cailles, que Jacques Austerlitz parcourt comme un enfant perdu.

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C’est dans ces rues que ses recherches (si on peut les appeler ainsi) s’achèvent, sans succès en un sens, si l’on oublie ce que le récit parvient, après ces déambulations et ces longs monologues, à mettre au jour. Les rues que l’on arpente dans le récit sont celles où les juifs parisiens (le père d’Austerlitz?) ont été raflés. Elles sont encore, dans l’esprit d’Austerlitz, parcourues d’ « une armée de gendarmes français » (p.302).

Le boulevard Blanqui, si son nom fait écho aux espoirs progressistes du 19ème siècle (1), ouvre sur le Paris le plus obscur du 20ème, et sur l’Europe concentrationnaire. Primo Levi ou Walter Benjamin:

Austerlitz, p.302

« Je croyais voir parfois les paniers à salade traverser en trombe la ville figée de terreur, la foule parquée à ciel ouvert au Vélodrome d’Hiver et les trains de marchandises dans lesquels s’effectua peu après la déportation au départ de Drancy et de Bobigny; je voyais des images de leur traversée du Grand Reich allemand, je voyais mon père, toujours vêtu de son beau costume avec son chapeau de velours noir sur la tête, droit, impassible au milieu de tous ces gens angoissés. Puis je me disais que Maximilian avait certainement réussi à quitter Paris à temps, qu’il avait pris la direction du sud, franchi à pied les Pyrénées et disparu quelque part dans sa fuite. »

(1) La lecture de l’étude de Muriel Pic, W. G. Sebald- L’image papillon, reçue peu après l’écriture de cet article, permet d’avancer une autre explication au sujet du révolutionnaire français:

« Et si c’est sur le Boulevard Blanqui que se retrouvent à Paris le narrateur et Jacques dans Austerlitz, c’est qu’il existe, chez l’auteur qui donna son nom à cette artère de la ville, une « hypothèse astronomique » concernant les doubles. Elle a arrêté Benjamin, comme en témoigne le Livre des passages, et trouve un écho chez Sebald. « Tout ce qu’on aurait pu être ici-bas, on l’est quelque part ailleurs », affirme Blanqui dans l’Eternité par les astres, où il suppose que « tout astre, quel qu’il soit, existe donc en nombre fini dans le temps et dans l’espace, non pas seulement sous l’un de ses aspects, mais tel qu’il se trouve à chacune des secondes de sa durée, depuis la naissance jusqu’à la mort. Tous les êtres répartis à sa surface, grands ou petits, vivants ou inanimés, partagent le privilège de cette pérennité «  » p.36


Dictionnaire des lieux sebaldiens (4): La rue des Cinq-Diamants

29 juin 2009

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Austerlitz, p.300

 » En septembre de la même année, je reçus d’Austerlitz une carte postale avec sa nouvelle adresse à Paris (6, rue des Cinq-Diamants, dans le 13ème arrondissement), ce qui, je le savais, était une invitation à venir lui rendre visite dès que possible. » (traduction Patrick Charbonneau)

Jacques Austerlitz choisit de venir s’y établir pour se rapprocher de la  rue Barrault, et entamer ainsi ses dernières « recherches » qui le mènent, au cours de l’été 1997, sur les traces de son père, parmi les rues qui entourent le boulevard Auguste-Blanqui, mais aussi au cimetière Montparnasse, ou encore à la Bibliothèque François Mitterrand –  en des lieux qui, pour une raison ou pour une autre, « appartiennent davantage au passé qu’au présent » (p.304).

Rien de plus éloigné, cependant, du lieu de mémoire que l’appartement d’Austerlitz, qui ressemble davantage à une coquille vide. Sebald s’arrête très peu sur la rue des Cinq-Diamants et jamais le narrateur et Austerlitz ne s’y retrouvent, préférant l’obscurité du bar le Havane pour cadre de leurs rendez-vous. L’adresse n’est donc que citée au passage, mais jamais habitée, dans tous les sens du terme, par les personnages.

Michael Niehaus dans son article « No foothold. Institutions and Buildings in W. G. Sebald’s Prose » (1):

 » The apartments and homes in Sebald’s books are not part of the social environment. The character have not established their inner selves, their living quarters or their habits. They lack the support structure of institutionalized ways of behave. »

Où il remarque la propension des personnages sebaldiens à considérer et subir les bâtiments (buildings) qu’ils occupent ou (plus souvent) traversent, comme des lieux instables, impropres à être habités, dépossédant ceux qui les pratiquent de leur identité, de leur dimension de sujet. Des « non-lieux », au sens anthropologique que leur a donné Marc Augé (2).

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La façade du 6 de la rue des Cinq-Diamants est de fait assez autiste. Pas d’interphone, une porte muette et, semble-t-il, définitivement close: chose curieuse à Paris, qui n’est pas sans rappeler les entrées d’immeubles de la ville de Terezin (Theresienstadt), dont Sebald produit des photographies, et qui laissent pour le moins songeur:

Thersien

Austerlitz, p.226-230:

« Je ne pouvais pas concevoir, dit Austerlitz, que quelqu’un pût habiter dans ces maisons rébarbatives, ni encore moins quel genre de personnes, bien que j’eusse remarqué dans les arrières-cours, alignés contre le mur, une multitude de seaux à ordures grossièrement numérotés à la peinture rouge. »

Notes:

(1) Passage que l’on trouvera à la page 319 de Scott Denham, Mark McCulloh (ed), W. G. Sebald, History, Memory, Trauma, Walter de Gruyter, 2006

(2) Non-Lieux, pour une anthropologie de la surmodernité, 1992, qui méritera une plus ample présentation. Niehaus remarque plus loin (p.327) que le rapport s’inverse souvent et qu’il arrive que les personnages « chargent » de mémoire et d’histoire ce qui apparait de prime abord comme des non-lieux, et, par l’intermédiaire de cette parole (érudite), leur redonnent une « dignité » de lieux. La tension entre lieux et non-lieux apparait ainsi comme une des dynamiques narratives essentielles de l’oeuvre.


Dictionnaire des lieux sebaldiens (3): La rue Barrault

21 juin 2009

Rue Barrault

Austerlitz, p.301-302

 » (…) je décidai finalement de m’installer ici, dans ce 13ème arrondissement que mon père, Maximilian Aychenwald, dont la dernière adresse était la rue Barrault, avait dû un temps fréquenter avant de disparaître, sans laisser de trace et irrémédiablement, selon toute probabilité. En tout cas, mes recherches dans cet immeuble de la rue Barrault aujourd’hui en grande partie inhabité sont restées vaines (…) »

Le choix des villes, des rues, des immeubles ne doit rien au hasard dans l’oeuvre de Sebald, qui sait, en admirateur de Proust, ce que les lieux – et en particulier leur nom- recèlent de mystère et de poésie (1). Qu’on songe à la litanie des  « Straat » (« Jeruzalemstraat,  Nachtegaalstraat, Pelikanstraat, Paradijstraat, Immerseestraat.. », p.9) qui entourent la Gare d’Anvers, dès la première page d’Austerlitz, ou à la maison du 104 de la Palatine Road dans laquelle a logé Max Ferber, l’un des Emigrants, et qui se trouve avoir été l’une des demeures du jeune Wittgenstein (Les Emigrants, p.196 de l’édition Babel).

La pulsion qui mène Jacques Austerlitz dans les endroits où ont vécu ses parents, et où lui-même a passé une partie de sa jeunesse, est un des moteurs du récit, qu’on peut comprendre comme une tentative de réappropriation, de reconstruction savante et sensible d’une histoire personnelle marquée par la perte du souvenir, du nom, du père et de la mère. Revenir sur les lieux, c’est posséder à nouveau, sublimer la pulsion de préhension en pulsion de voir (2), et l’on sait que les motifs freudiens sont nombreux chez Sebald.

Il est plus difficile de dire ce qui a poussé l’écrivain à choisir cette rue de Paris en particulier et cet immeuble dans cette rue, sur les pentes de Butte-aux-Cailles, au sein d’un réseau constitué par le bar le Havane, la Rue des Cinq-Diamants, le boulevard Blanqui, sinon la grande inscription à la gloire d’un apéritif aujourd’hui désuet, mais très en vogue dans les années 30 et même après la guerre. On apprend d’ailleurs sur le site internet qui vise à donner une nouvelle jeunesse à la marque que la distillerie d’origine fut fondée en 1795 à Maisons-Alfort, où,  mais c’est sans doute sans rapport, Jacques Austerlitz se rend dans une des divagations périphériques de sa jeunesse parisienne, et où il visite le musée des horreurs de l’école vétérinaire, avant de succomber à un malaise qui le ramène à quelques rues de l’immeuble, entre les murs de la Salpêtrière (p.320). Toujours est-il que le noir et blanc un peu sale et l’inscription publicitaire donnent un aspect ancien, et même l’allure d’une trace archéologique au bâtiment, qui semble dans le récit menacé d’abandon et de ruine. Le mot « SUZE » en fait en tout cas pour moi l’une des photographie les plus mémorables du récit.IMG_0077

Les quatre grandes lettres ont depuis été effacées par la rénovation qu’a subie l’immeuble, aujourd’hui bien rempli, et les traces peu lisibles qu’on pouvait deviner au bas du  morceau de mur blanc ont été comme actualisées (on y distingue un « 09 »).

Un autre indice pourrait expliquer l’élection de cette adresse (le 7) comme dernière demeure du père, militant social-démocrate tchèque en exil (p.184), dont Austerlitz ne retrouve finalement jamais la trace. L’enseigne de l’échoppe qui occupe le rez-de-chaussée n’est pas visible sur la photographie noir et blanc que Sebald a utilisée, mais ce qu’on y lit aujourd’hui est fort suggestif et il me plait de penser qu’il y a là l’un des motifs de son choix.

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(1) On peut rapprocher thématiquement les lieux proustiens et sebaldiens, comme le fait Richard Bales dans son article « L’édifice immense du souvenir », paru en 2005 dans le numéro spécial que la Revue Recherches germaniques (Hors série N°2) avait consacré à Sebald. Bales identifie dans son article trois catégories de lieux, qui permettent aux deux auteurs de mettre en question trois dimensions de l’existence: les gares, symboles de fugacité, les demeures, symboles de stabilité, les lieux saints, églises et cimetières, incarnations de la dimension spirituelle. L’éclat ou la ruine des bâtiments devient alors le témoin des états intérieurs des personnages ou de l’état plus général du monde dans lequel ils vivent.

(2) J’emprunte l’idée à Paysages en mouvement (p.175), dans lequel Marc Desportes cite Pulsions et destins des pulsions (1915) de Freud