Le jeudi 23 juillet 1942

Dans la guerre (27)

Adam Czerniakow, Varsovie


Le matin, la Communauté. Worthoff, du groupe des expulsions, est venu, j’ai discuté plusieurs affaires avec lui. Il a exempté de l’expulsion les élèves des écoles professionnelles. Les maris des femmes qui travaillent aussi. Concernant les orphelins, il a ordonné d’en parler avec Hoefle. De même au sujet des artisans. A la question: combien de jours par semaine se déroulerait l’action, on m’a répondu – 7 jours par semaine.

Dans la ville, une ruée pour créer des ateliers. Une machine à coudre peut sauver une vie.

Il est 15 heures. Pour l’instant, il y a 4000 [personnes] pour le départ. Selon les ordres, il en faut 9000 avant 16 heures. Des fonctionnaires sont venus à la poste et ont ordonné que les lettres et les colis qui arrivent soient dirigés sur Pawiak.

Suit cette note de l’éditeur des Carnets du ghetto de Varsovie:

Moins d’une heure après cette dernière note, A. Czerniakow s’est suicidé dans son bureau, avalant du cyanure. Il a laissé sur la table une courte lettre à sa femme:

On exige de moi de tuer de mes propres mains les enfants de mon peuple. Il ne me reste que la mort.

Ernst Jünger, Paris


Commencé le Livre d’Esther, où l’ancien monde fastueux d’Hérodote est encore dans toute sa splendeur – ainsi, dès le premier chapitre, ce banquet qui dure des mois, à Suse, dans le palais asiatique d’Assuérus, maître de cent vingt-sept royaumes, de l’Inde à l’Éthiopie. Quiconque se présente devant lui sans en avoir reçu l’ordre doit mourir, à moins que le roi n’étende vers lui son sceptre d’or, comme il fait pour Esther. De ce fabuleux et terrible empire, seuls les Juifs ont subsisté jusqu’à nos jours – c’est le serpent de l’ancienne vie, qui est devenu d’airain. Cela, je l’ai vu parfois très nettement – à l’aspect du Juif polonais, par exemple, que j’ai aperçu à la gare de Silésie, à Berlin. Pensée: "C’est sans doute ainsi que tu te tenais, jadis, sous la porte d’Ishtar à Babylone."

De plus en plus nombreuses, à mon courrier, les lettres où des survivants me parlent d’autres lecteurs tombés au front. C’est souvent comme si des morts intervenaient – les voix des lecteurs in tenebris.

(…)

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