Lectures de l’année

1 janvier 2016

Voilà, c’est tout. Épuisé par tant de réalité, je suis à nouveau assis, heureux, dans mon bureau sec et chaud…

(Matthias Zschokke, Maurice à la poule)

  • Nathalie Quintane, Tomates
  • Michel Leiris, Journal
  • Annie Dillard, En vivant, en écrivant
  • Gabriel Josipovici, Goldberg: Variations
  • Philippe De Jonckheere, Février
  • Matthias Zschokke, Maurice à la poule
  • Kristin Ross, Rouler plus vite, laver plus blanc
  • Joseph Roth, Lettres choisies
  • Patrick Keiller, The view from the train
  • Emanuel Fureix et François Jarrige, La modernité désenchantée. Relire l’histoire du XIXe siècle français
  • Ivan Jablonka, L’histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences humaines
  • François Maspero et Anaïk Frantz, Les passagers du Roissy-Express
  • Michel Butor, Mobile
  • James Agee et Walker Evans, Une saison de coton
  • Paul Auster, Winter Journal
  • Philippe Artières, Vie et mort de Paul Gény
  • Frédéric Pajak, Manifeste incertain, T.4
  • Alexandre Friederich, Fordetroit
  • Pierre Eyguesier, Psychanalyse négative
  • Marianne Alphant, Petite nuit
  • Raymond Carver, Les feux
  • Fred Deux, La Gana

Bonne année…


Lectures croisées (2)

12 septembre 2015

Alexandre Friederich, Fordetroit, p.12:

Le  noir au pantalon maculé de sang s’élance vers le débit de liqueurs. Il manque la porte et chute. Les autres tiennent le trottoir. Au-dessus du panneau River Rouge volent trois mouettes. Les buveurs n’iront nulle part: ils ont jeté leurs chaussures, ils claquent des dents.

Celui qui est tombé se relève. Dans l’herbe, il y a un tonneau et une lanterne. Depuis deux jours, mon monologue intérieur est moins vif, l’activité du puits de langage – on se penche sur soi et toute une glossolalie joue sa musique – baisse ; j’ai retrouvé le sommeil et je vois des lanternes dispersées dans cet univers en effondrement. Lanternes sur les porches des maisons, lanternes clouées et suspendues, lanternes ou simples ampoules qui diffusent une lumière poussive. Mais le ciel se couvre, le soleil disparait, tout devient gris. Il pleut. Je tire mon vélo contre le magasin. Le groupe des ivrognes m’observe, puis une sorte de folie gagne les corps.

(Allia, 2015)


Lectures croisées (1)

12 septembre 2015

20150912_19522420150912_195324

20150912_195016

Frédéric Pajak, Manifeste incertain 4, Les éditions noir sur blanc, 2015 ; Claude Simon, Histoire, Minuit, 1967.

La leçon (3): contrechamp

8 juillet 2015

ArabianNights_Volume1_TheEnchantedOne2

Je mets vite cette image de trois des héros des Mille et une nuits de Miguel Gomes pour annuler celle de Leparmentier et Quatremer, faire en sorte qu’elle ne reste pas trop longtemps sur l’écran quand j’ouvre ce blog. Annuler? J’avais aussi écrit « effacer », « laver », « oublier ». Or le film de Miguel Gomès n’efface pas, ne lave pas, ni n’annule. Il permet moins d’oublier que de combattre les images des Leparmentier et Quatremer (qui représentent finalement plus un type que deux individualités (« ça parle » à travers eux comme disait je ne sais plus qui), et que je finis par associer à « Bouvard et Pécuchet » à force de les accoupler). A leurs sourires arrogants, leurs mots vides, leur bêtise replète, leur esthétique du selfie, opposer comme un contrechamp les images de Gomes, pleines de désordre joyeux, de voix inentendues, de silences aussi qui parfois subliment le plan. Se baigner dans cette beauté sans confort, toujours menacée, comme dans le conte oriental. Bon été.

Arabian Nights – Volume 1 The Restless One_2-0-800-0-450-crop


La leçon (2)

7 juillet 2015

Capture_d_ecran_2015-07-05_a_18-22-37-561a0

Une image (juste une image…) de l’état du monde. Forme, temps, lieux.

D’autres sont .

Image: Selfie d’Arnaud Leparmentier, journaliste au Monde, et Jean Quatremer, journaliste à Libération, le 2 juillet 2015, jour d’une manifestation de soutien au peuple grec à Paris. Capture d’écran réalisée par l’équipe d’Acrimed.

La leçon

9 juin 2015

4649506_6_be1e_emmanuel-macron-ministre-de-l-economie_6881e210f3f5e7f5533b62534cb41ae4

W.G. Sebald, Les Anneaux de Saturne, p.25

Dans ses méditations philosophiques, qui constituent une contribution essentielle à l’histoire de la sujétion, Descartes enseignait qu’il faut détourner son regard de la chair incompréhensible, le fixer sur la machine disposée en nous, sur ce qui peut être compris totalement, utilisé plus efficacement et, en cas de dysfonctionnement, réparé ou mis au rencart.

(Actes Sud, Traduction B. Kreiss)

Leçon-Anatomie-Rembrandt

Images:  Emmanuel Macron, ministre de l’économie, visite l’usine Daher à Saint-Aignan-Grandlieu (Loire-Atlantique), le 18 mai, Le Monde, Pool/Reuters, 7 juin 2015 ; Rembrandt, La leçon d’anatomie du docteur Tulp, 1632

Lieux rêvés (8)

14 mars 2015

London

Jacques Roubaud, Le grand incendie de Londres, p.250:

Mais, contre toute évidence d’immatérialité, je m’abandonne souvent à cette rêverie. J’imagine toute difficulté abolie: je vivrais dans un mews, à Chelsea. J’occuperais le basement, comme dans un sett de blaireau. Le reste de la maison, étroite, avec un petit jardin sur l’arrière, serait partagé (je ne serais pas seul).

Comment vivrais-je? Le silence, les jardins, la lecture, « la suspension du jugement », les marches, les pubs, la bibliothèque; ce que je vis parfois dans Londres devenu permanent.

J’atteindrais à l’absence de désir, à l’endormissement de mes facultés, à la non-souffrance, au non-espoir non-désespoir.

Ce serait la chute définitive: du Projet et ce projet; du Grand Incendie de Londres en Londres, en lecture quotidienne de Londres, ma ville-rêve, ma ville-langue. Ma ville privée.

Peut-être rien.

(Seuil, 1989)
Image: Photogramme tiré de London, de Patrick Keiller.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 66 autres abonnés