Géographie littéraire (2): les lieux d’Agatha Christie

22 août 2009

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Agatha Christie, Le Crime de l’Orient-Express

« Les voyageurs se rassemblèrent dans le wagon-restaurant et prirent place autour des tables. Tous les visages exprimaient l’attente et l’appréhension. La Suédoise continuait à pleurer et Mrs Hubbard à la consoler:

– Allons, un peu de courage! Tout va s’arranger. Ne vous laissez pas aller à vos nerfs. Si parmi nous il y a un assassin, on sait bien que ce n’est pas vous. Il faudrait être dément pour vous accuser d’un pareil crime! Là… Asseyez-vous près de moi et tranquillisez-vous.

Poirot se leva. »

Echo au travail de Franco Moretti dont il vient d’être question, un article (Voyager dans un fauteuil?) est paru récemment dans la revue de géographie en ligne Mappemonde. Damien Bruneau y passe au crible cartographique et statistique les lieux et décors des romans d’Agatha Christie.

La confrontation avec le modèle du roman policier urbain (Poe, Leblanc, Conan Doyle) fait apparaitre l’originalité de la romancière: goût du huis-clos, mais aussi de la mobilité (trains, bateaux), importance inédite donnée à la campagne. Si elle reflète quelques traits de la société anglaise (comme la résistance culturelle et sentimentale de « l’Angleterre verte » à l’âge industriel, les pratiques touristiques de la grande bourgeoisie anglaises, sur les traces du « Grand Tour » de l’aristocratie), la géographie ainsi dessinée montre un auteur beaucoup plus détaché des réalités spatiales de son époque que ses prédécesseurs, sans parler, pour reprendre les analyses de Moretti, des grands romanciers européens du 19ème.

Dans les romans policiers d’Agatha Christie la psychologie triomphe de l’espace, et tout se finit dans un fauteuil. Est-ce pour cela, comme le suggère Damien Bruneau dans sa conclusion, qu’ils se lisent encore si bien?

Est-ce pour cette raison que, s’il m’arrive par hasard de les ouvrir et de les terminer, je les oublie si vite?

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