Le mur, la nuit

Thomas Jones Mur à Naples 1782

Noté sur le carnet bleu, daté du 2, alors qu’on est déjà le 3, dans la nuit:

Insomnie. Je retrouve P. dans le salon. Lui aussi.

JC Bailly sur Thomas Jones. Première aventure galloise.

CVT_Saisir-Quatre-aventures-galloises_9902

Il n’y est presque question que de Naples. C’est le geste du peintre qui permet le va-et-vient avec le Homeland.

Ce qui change, et radicalement, ce sont les couleurs, le climat, c’est l’absence de la référence humaine dans le paysage, mais le sentiment de l’espace, le sentiment que l’espace est la forme intransitive du temps, demeure.

Puis Bergounioux, encore et toujours. Comme souvent j’ouvre au hasard, mais un même moment de l’année, espérant (ou redoutant) d’y trouver, comme à d’autres époques ou en d’autres lieux les lecteurs de certains livres sacrés,

Sa. 8.1.2005

Cathy, qui s’est levée très tôt, quittait déjà la maison pour le laboratoire lorsque j’ai ouvert les yeux. Je finis de dactylographier les pages hasardées depuis la Toussaint.

L’après-midi, à Versailles puis à Vélizy où Cathy a commandé un lit pour la petite. Il n’est pas arrivé. Au retour, elle allume le feu, s’installe sur le canapé avec un roman policier, une coupe qu’elle a remplie de dragée, et de la voir ainsi occupée, toute à elle-même et à ce qu’elle fait, me remplit, par procuration, d’un parfait bonheur, moi que l’anxiété, la haine de soi, tire continuellement à la périphérie, loin du repos, hors du présent. »

un reflet.

Moi : moins la haine de soi que la crainte de toute perte, de toute disparition. C’est ce que je laboure, c’est ce que je pétris la nuit.

M. opéré : j’imagine son corps ouvert, ses artères, la Leçon d’anatomie de Rembrandt.

Noté enfin cette phrase pour B. ou autre création :

il avait besoin d’imaginer la première phrase du lendemain pour pouvoir s’endormir

Au matin, l’huile sur papier de Thomas Jones m’accompagne encore, mêlée à celle d’un tableau bien plus connu, de Vermeer – mais pas celui où Proust isole le « petit pan de mur jaune »,

800px-Vermeer-view-of-delft 1659-60

– plutôt celui-ci,

La ruelle 1658

où j’entends encore les mots de la nuit.

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6 Responses to Le mur, la nuit

  1. C´est intéressant, j´ai cherché votre blog aujourd´hui sans savoir que vous avez publié un article. J´ai beaucoup aprecié le livre de Bailly. J´aimerais connâitre vos lectures 2018

  2. Sebastien Chevalier dit :

    C’est vrai que j’ai perdu l’habitude de publier cette liste, même si je la tiens à jour. Alors voici ce qui restera, toujours dans l’ordre des jours:
    – Philippe Rahmy, Béton armé (sans doute mon livre de l’année)
    – Jacques Roubaud, Peut-être ou la nuit de dimanche
    – Daniel Mendelssohn, Les Disparus (enfin dépassé le seuil et le complexe du lecteur sebaldien qui y lit du sous-Sebald)
    – Nicholson Baker, La boîte d’alumettes
    – Bernard Lahire, L’interprétation sociologique des rêves
    – JB Pontalis, Fenêtres
    – Gabriel Josipovici, Goldberg: Variations (relecture, toujours aussi merveilleux)
    – Eric Chauvier, La petite ville (autre très grand livre de mon année)
    – EL Doctorow, Homer et Langley
    – Christophe Boltanski, Le guetteur
    – Philippe Vasset, Une vie en l’air
    – Iain Sinclair, Quitter Londres
    – Michel Houellebecq, La carte et le territoire
    – Svetlana Alexievitch, La guerre n’a pas un visage de femme

  3. Sebastien Chevalier dit :

    … et j’oubliais le bel essai d’histoire urbexisée de Nicolas Offenstadt, Le Pays disparu, sur les traces de la RDA

  4. sandsaule dit :

    Et moi aussi j’ai recherché votre blog, que j’ai consulté il y a longtemps, parce que j’écoutais cette conférence de François Hartog, où il est question de Sebald (et de Mendelssohn !) : https://www.youtube.com/watch?v=_di5eNMbabk
    Merci pour votre article.

  5. Sebastien Chevalier dit :

    Merci pour le lien, je ne connaissais pas cette conférence. Si les rapports entre les travaux d’Hartog et de Sebald vous intéressent, je me permets de vous signaler le numéro d’Europe paru il y a quelques années sur Sebald. Vous y trouverez un entretien d’Hartog ainsi qu’un article de moi (sous sa véritable identité) proposant une lecture de l’oeuvre de Sebald à la lumière des régimes d’historicité.

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