De la destruction (5): comme élément de l’histoire naturelle

10 octobre 2012

Thomas Bernhard, Corrections, p.379-380 :

A Altensam, la nuit, la voracité des vers du bois l’a empêché de dormir, partout et la nuit, comme il est naturel, la finesse de son ouïe et son cerveau ultra-sensible lui ont fait entendre avec la plus grande netteté le ver du bois au travail ; dans les lattes et sous les lattes du plancher, dans les armoires et les commodes, principalement dans toutes les armoires à tiroirs, selon Roithamer, dans les portes et les croisillons des fenêtres et même dans les pendules, dans les chaises et les fauteuils, il a toujours pu distinguer exactement où et dans quel objet, dans quel meuble un ver du bois était au travail ; effectivement le ver du bois s’était même déjà creusé une galerie dans son propre lit ; pendant qu’il restait éveillé dans son lit toute la nuit, ainsi écrit Roithamer, il avait suivi, il avait été obligé de suivre le travail des vers du bois avec l’attention la plus grande, il avait respiré l’odeur douceâtre de la poussière de bois fraîche et il avait dû constater avec accablement qu’au cours des années des milliers, il se peut des dizaines et des centaines de milliers de vers du bois s’étaient attaqués à Altensam pour, comme il avait été toujours forcé de le penser durant la nuit, ronger Altensam, grignoter et ronger Altensam jusqu’à la dernière parcelle, et le ronger tout le temps nécessaire jusqu’à ce qu’en un seul instant, qui peut-être ne se fera pas tellement sentir, il s’effondre sur ses bases.

(Gallimard, L’Imaginaire, traduction Albert Kohn)

W. G Sebald, Les Anneaux de Saturne, p.259-260:

Bientôt, on fut obligé d’abandonner les étages supérieurs voire des ailes entières et de se retirer dans quelques pièces encore praticables au rez-de-chaussée. Les fenêtres des étages condamnés se ternirent derrière les toiles d’araignées, la pourriture sèche gagna du terrain, les insectes transportèrent les spores du champignon jusque dans les angles les plus reculés, des moisissures brunes violacées et noires présentant des formes monstrueuses, parfois grandes comme des têtes de bœufs, apparurent aux murs et aux plafonds. Les planchers commencèrent à céder, les charpentes des toitures à ployer. Boiseries et cages d’escalier, depuis longtemps pourries en dedans, tombaient parfois dans la nuit en poussière jaune soufre. Les catastrophes, sous forme de soudains effondrement intervenant le plus souvent après de longues périodes de pluie ou de sécheresse ou, d’une manière générale, lorsque le temps changeait, se produisaient au beau milieu de ce processus de désagrégation rampant, devenu pour ainsi dire la norme, donc quelque chose qu’on ne percevait même plus et dont la progression d’un jour à l’autre était d’ailleurs pratiquement imperceptible.

(Actes Sud, traduction de Bernard Kreiss)
Image: Summerhill House, à ce qu’il semble, dans Les Anneaux de Saturne, p.259: « où l’impératrice d’Autriche Elisabeth avait coulé autrefois des jours heureux. »
Les autres billets de cette série en cours sont ici.
Publicités

Les bains à Riva (1): Vienne

6 septembre 2012

Franz Kafka, Lettres à Felice,  p.527

Au lieu de supplier mon directeur à genoux de m’emmener à Vienne, que ne l’ai-je supplié de ne pas m’emmener.

(TII, Gallimard, 1972, traduit par Marthe Robert)

W. G. Sebald, Vertiges, p.130

Le plus pénible est peut-être de continuer vaille que vaille.

(Actes Sud, traduction de Patrick Charbonneau)

Martin Klebes, « Infinite Journey : from Kafka to Sebald », p.133

To trace these internal states back to Kafka’s letter to Felice or to his diary is either to fall into a trap or to set up a trap oneself.

(in J.J. Long et A. Whitehead, W.G. Sebald – A critical companion, p.123-139, UWP, 2004)

J’ai ce rêve borgésien de livres entiers composés d’un livre et des livres qui l’ont inspiré d’une manière ou d’une autre, ou qu’il a inspiré, ainsi que des livres d’où ces derniers sont nés, ou auxquels ils ont eux-mêmes donné naissance. Et ainsi de suite. Leurs lignes seraient entremêlées et disposées successivement au gré des citations, emprunts, plagiats, clins d’oeil. Apparaîtraient sans doute, si l’on prend soin de choisir le bon point de départ, des livres sans fin – comme des miroirs se reflètent.

En dépit de l’avertissement formulé plus haut par Martin Klebes, c’est guidé par cette idée – ici illustrée en sa première étape – que je me suis amusé à rechercher les sources littérales du troisième récit de Vertiges, faisant à cette occasion, de Sebald à Kafka, le voyage inverse (mais tout aussi infini) de celui que l’universitaire américain propose. À sa manière si caractéristique, et déjà éprouvée dans le premier récit, « Beyle ou le singulier phénomène de l’amour » – où il fait entendre, mêlée à sa prose, transformée, et pourtant toujours sensible, celle d’Henry Beyle/Stendhal – Sebald retrace un court épisode de la vie de Kafka: le séjour à Riva, au bord du Lac de Garde, en septembre 1913, que ce dernier a relaté dans son journal et surtout dans ses lettres à Felice.

Au cours de cette série, les lignes de Kafka apparaîtront en grisé, sous forme de citations introduites comme des échos – ou des fantômes – dans celles celles de Sebald. Parfois, elles prendront le dessus, et ce sont alors les fragments de Sebald qui viendront hanter ceux de Kafka.

Vertiges, p.129-131

Lettres à Felice, T2, p.523-530

« Le samedi 6 septembre 1913, le vice-secrétaire de la compagnie pragoise d’assurance ouvrière, le Dr K. , est en route pour Vienne, où il doit assister à un congrès sur le secourisme et l’hygiène.

Hier au dernier moment on a tout de même décidé que j’irai.

Dehors, c’est déjà la gare de Heiligenstadt. Sinistre, vide, avec des trains vides.

vide avec des trains vides

Rien que des stations de bout de ligne. Le Dr K. sait qu’il aurait dû supplier à genoux le directeur de ne pas l’emmener avec lui. Mais maintenant il est trop tard.

Si je pouvais annuler ces journées à Vienne – et cela jusqu’à la racine -, ce serait le mieux.

A Vienne, le Dr K. s’installe à l’hôtel Matschakerhof, par sympathie pour Grillparzer, qui y déjeunait

« très simple, mais bon », comme dit Laube, son biographe.

tous les midis. Un acte de piété

qui malheureusement s’avère inefficace. La plupart du temps, le Dr K. se sent très mal. Il souffre d’oppression et de troubles visuels.

je me suis mis des compresses sur le front

sur la tête,

ce qui ne m’a pas empêché de me retourner inutilement en tous sens

Insomnie impitoyable.

reste longtemps debout près de la fenêtre à regarder par la ruelle et souhaite se retrouver

couché

quelques étages plus bas, sous terre.

quelques étages plus bas sous terre.

Bien qu’il  décommande autant qu’il le peut, il se retrouve, lui semble-t-il, constamment au milieu d’une foule effrayante de gens.

un nombre de gens effrayant

Assis comme un fantôme

je joue à leur table le rôle du revenant

à leur table, l’angoisse l’étreint et il se croit percé à jour par chaque regard qui l’effleure.

Il est impossible,

impossible de tout dire, et impossible de ne pas tout dire. Impossible de garder sa liberté, impossible de ne pas la garder.

note-t-il le lendemain,

J’y pensais dans le train tout en bavardant avec P.

de mener la seule vie possible,

je veux dire vivre ensemble, chacun libre, chacun pour soi, n’être marié ni extérieurement ni réellement, être simplement ensemble

de vivre en communauté avec une femme, chacun libre, chacun pour soi, mariés ni extérieurement ni réellement, de seulement être ensemble

et avoir fait par là le dernier pas possible au-delà de l’amitié virile,

le seul pas possible pour dépasser l’amitié masculine

tout contre la frontière qui m’est assignée, là où le pied se met déjà en mouvement.

le pied qui va l’écraser.

Dans le tramway, il ressent soudain une violente aversion pour Pick,

bavardage stupide

dans l’ensemble, un très brave homme

parce que celui-ci a une petite faille désagréable dans sa personne

son caractère

par laquelle parfois, constate à présent le Dr K., son être ressort

en rampant tout entier

tout entier. L’irritation du Dr K. s’exacerbe encore

Pitié et ennui

lorsqu’il s’avère qu’Ehrenstein, tout comme Pick, porte une moustache noire et pourrait presque être son frère jumeau.

Comme deux gouttes d’eau, ne peut s’empêcher de penser le Dr K. Sur le chemin du Prater, la compagnie des deux hommes lui apparait de plus en plus comme une monstruosité, et sur le lac aux Gondoles, déjà, il se sent complètement prisonnier. C’est une faible consolation de voir qu’ils le ramènent à terre. Ils auraient pu tout aussi bien l’assommer

Maux de tête continuels.

à coups de rame. Lise Kaznelson,

Lise Weltsch

qui est aussi de la partie,

traverse à présent la forêt vierge sur un manège.

« Un jour dans la jungle » (de quel air emprunté elle se tient en haut, sa robe qui se gonfle

bouffante

bien faite, lamentablement portée).

Le Dr K. la voit perchée, là-haut, désemparée,

Ma compassion pour ces sortes de filles

Quand tous ensemble, par plaisanterie, ils  se font photographier en passagers d’un aéroplane survolant la grande roue et les flèches de l’église votive, le Dr K., à son propre étonnement, est le seul qui, à cette hauteur, parvienne encore à esquisser un semblant de sourire.

Photographie, tir, manège. »


Retours au pays natal

20 octobre 2010

Aharon Appelfeld, Le temps des prodiges, p.22

– Que faites-vous donc ? demanda Brum.

– Rien, je me promène.

– Cela ne vous ennuie pas ?

– Non, certains endroits me rappellent des souvenirs.

p.154

On claqua le portail sur nous, nous étions prisonniers du temple où nous n’avions jamais mis les pieds.

En 1965 Bruno A. revient dans la petite ville autrichienne où, à la fin des années trente, une ombre, comme une nuée de corbeaux, a commencé de gagner son territoire – la demeure familiale au bout de l’avenue des Habsbourg, la maison de vacances près de Baden, le train express qui chaque été ramenait les A. de l’une à l’autre – puis les visages familiers – la tante Theresa, son père « l’écrivain A. »

Il s’enfermait dans sa chambre, travaillait jour et nuit et partait ainsi en guerre contre les mauvais esprits qui ne cessaient de frapper à notre porte depuis l’été

– avant de les engloutir, sa mère et lui, et avec eux tous les juifs autrichiens de la petite ville autrichienne. Un soir on les amena derrière les grilles de la synagogue, on les referma sur eux, et le lendemain on les déporta.

Les longs voyages en train, dans les vapeurs d’alcool et les bouffées de haine, les arrêts involontaires dans les petites gares hors du temps,

les intérieurs empesés et fragiles de la bourgeoisie éclairée (aveugle) d’Europe centrale,

« la pluie fine » qui « découpait l’avenue en tranche humides ».

Ces images me rappellent d’autres retours au pays natal.

Le début du Regard d’Ulysse : l’arrivée en Grèce d’un autre A., le cinéastes exilé, sur la place d’une autre petite ville. Le cinéma a été fermé sous la pression des « intégristes » et son film est projeté sur le marché. Accompagné de deux hommes il marche sous la pluie, pendant que la foule de ses admirateurs fait face à la foule de ses ennemis. Dans le Temps des prodiges, au premier soir de son retour, Bruno erre comme lui dans les rues de son passé. Le cinéma est déserté pour d’autres raisons et la séance n’a pas lieu.

Je pense aussi à un voyage en train d’Allemagne en Ukraine, le retour aux sources de Svetlana Geier, la traductrice allemande de Dostoïevski. Un documentaire vient de sortir, qui suit son travail méticuleux sur les textes, ses pas mal assurés sur la neige et le verglas, au pied de son immeuble d’enfance à Kiev, sa recherche de la datcha familiale à jamais perdue dans les forêts.

Elle a toujours en tête le bruit des rafales tirées à Babi Yar.

Elle dit « cela n’est jamais devenu du passé ».

Je me contenterai de ces rapprochements. De la prose magique d’Appelfeld, j’aurais bien du mal en effet à révéler les tours subtils et puissants qui font entrer dans un mauvais rêve avec les moyens les moins spectaculaires qui soient, les phrases les plus innocentes.

Je me souviens de la claire lumière du soir qui reposait, comme du métal en fusion, sur les doubles fenêtres. Le poêle était rempli de braises; mais je me rappelle encore mieux ce paquet d’ombres qu’apporta une jeune femme et qu’elle posa à terre avec le soin que l’on a pour de longs objets délicats; elle portait aussi un panier d’osier avec un bébé dedans.

Soudain, la pluie tomba à verse. Un des ennemis de mon père se mit à publier des articles dénigrant son œuvre.

Déjà, pendant les dernières grandes vacances, dans la maison de campagne de tante Gusta, une évidence s’imposait : la lumière et les arbres n’étaient plus les nôtres.

J’y vois des reflets de celle de Walser, dont J. M. Coetzee avait dans un article relevé les traits les plus saillants : « its lucid syntatic layout, its casual juxtapositions of the elevated with the banal, and its eerly convincing logic of paradox ».

Ainsi ce passage du Temps des prodiges, à l’enterrement de la tante Theresa

La paix régnait sur ses yeux clos. Ma mère s’approcha du cercueil, la tête un peu penchée, comme on regarde un bébé dans un berceau.

On (et Appelfeld lui-même) a aussi associé sa manière d’écrire à celle de Kafka. C’est vrai bien sûr, mais un Kafka « d’après », ou, plus précisément, « des années après », comme l’annonce le titre de la deuxième partie, « quand tout fut accompli».

Photogrammes tirés du Regard d’Ulysse, de Théo Angelopoulos (1995) et de La femme au cinq éléphants de Vadim Jendreyko (2010)

Voyage en Allemagne

3 octobre 2010

Samuel Beckett, Molloy, p.125

Il est minuit. La pluie fouette les vitres. Je suis calme.

(Minuit, Collection double)

Werner Kofler, Derrière mon bureau, p.129-130

Ne tombe pas, ne t’écroule pas !, me dis-je, je me tiens encore droit, ma faiblesse, cette faiblesse que je redoute, je ne la montre pas, il faut bien que j’arrive à destination, à mon bureau, ma radio, ma table, aux papiers portant les phrases Pour vivre quelque chose, je fis un voyage en Allemagne, il est minuit, derrière moi marche l’étranger.

p.64-65

Cette fois, j’avais choisi le chemin de fer comme moyen de transport. Je voyageais dans le wagon-restaurant, filant onze heures durant vers une victoire certaine. C’était par une journée printanière d’hiver, le Vormärz en plein mois de janvier, alternativement et parfois en même temps il tombait de la neige et de la pluie, des paysages détrempés, petites inondations, je voyais des prairies submergées, de petits nuages volant bas déchiquetés par la tempête, des trous de ciel bleu se reflétant dans l’eau qui inondait les pâturages, des villages et des fermes isolées ; puis à nouveau des zones très peuplées, des installations militaires, casernes, camps, camions garés alignés l’un derrière l’autre, des voies ferrées secondaires, des tanks ou des pièces d’artillerie chargées sur des wagons ou autres ustensiles nécessaires pour le maintien d’un minimum de paix. Sympathique cette description.

(Editions Absalon, traduit et présenté par Bernard Banoun)

Werner Kofler me fait penser à Thomas Bernhard qui aurait dérapé et décroché de sa paroi. Dans Derrière mon bureau il y a d’ailleurs « Bernhard, Thomas » himself, encordé à son guide, mais ce dernier hésite à lâcher le boulet souffreteux dans le grand vide.

J’entends un même rire sardonique, les même coups de pioche entêtés dans la terre d’Autriche, dans celle d’Allemagne, sur les crânes autrichiens, allemands, pour découvrir, sous les couches sociales-chrétiennes-démocrates, les couches nationales-socialistes.

Les bureaux ont toujours joué un grand rôle, sinon le plus grand, dans l’histoire allemande

Des citations de Bernhard, entre autres, sont semées un peu partout : « mon cher Pascal, mon cher Montaigne, etc. ». (« Mon cher Beckett », écrit Kofler de son côté.)

Dans le train qui traverse l’Allemagne au milieu du livre, c’est semble-t-il encore dans l’esprit de Bernhard (incognito) que l’on entend résonner « les lambeaux de conversations » attrapés ici ou là à l’intérieur du wagon-restaurant, sur le fond de sa propre pensée, ou celle de l’auteur – mais l’auteur se cache sous beaucoup d’identités : Tobias Reiser, Christoph Willibald Gluck, l’auteur Schmidt – dans un tourbillon vertigineux et parfaitement virtuose, aussi virtuose que la prose de Bernhard, qui tourne le dos à l’impeccable emboîtement des discours rapportés qu’on trouve dans les textes de Bernhard.

La relecture corrosive est le meilleur des hommages.

M’avez-vous lu dans Maîtres anciens ? Vous m’avez certainement lu dans Maîtres anciens, un cheval de bataille, dit-on… La canne coincée entre les genoux, sur la banquette de la salle Bordone du Kunsthistorisches Museum, et c’est parti la rhétorique de la destruction, la poésie des tables de verdicts, la canonnade d’injures, en avant ! c’est parti ! Il me suffit de dire : Ce pays est une fosse d’aisances de bouffonnerie, ou bien Chaque matin tant de bouffonnerie nous fait monter la honte au visage, et la critique littéraire allemande, le Michaelis du Zeit ou cet autre crétin de la Frankfurter Allgemeine, j’ai oublié son nom, tous crient à la révélation, à l’ébahissement littéraire.

(…)

C’est naturellement un plaisir que d’être le héros d’un livre placé si haut, et que m’importe la parfaite incompétence des thuriféraires.

(p.121)

Chez Kofler, comme chez Bernhard et chez les plus grands imprécateurs, à l’inverse des plus médiocres d’entre eux, on n’a jamais le sentiment rassurant d’être du bon côté. Ni l’auteur ni le lecteur ne peuvent contempler le troupeau humain avec la clairvoyance factice du grand esprit – le grand esprit se met alors à ressembler au petit vieux de certaines bourgades – accablé de tant de bêtise, bien à l’abri derrière sa fenêtre. Leur clairvoyance, elle se trouble vite; le troupeau, tous deux en font partie.

La dernière page venue, on ne sait plus qui est le maître, où est le guide.

Devant moi marche le guide de montagne. Derrière moi marche l’étranger. Non, c’est moi l’étranger. Autrement: derrière moi marche le guide de montagne, devant moi marche l’étranger. Non plus, le guide de montagne est considéré comme disparu. Devant moi, donc, marche l’étranger. Connait-il le chemin?

Je ne connaissais pas Werner Kofler. Je dois sa découverte à Pascale Casanova, qu’on n’entend plus sur France Culture. Ce que j’en ai appris : il est né en 1947, une quinzaine d’années après Bernhard. Il a commencé à publier à peu près en même temps que son maître ancien, au début des années 1960. Depuis il trace sa voie, imperturbable.

Il est minuit. La pluie fouette les vitres. Je suis assis derrière mon bureau.

Notes:
Les éditions Absalon publient aussi Automne, liberté, tout aussi étonnant et superbe, et Caf’conc Treblinka (pas lu). Leur catalogue a l’air dans l’ensemble hautement recommandable.
J’ai regardé un peu sur internet et j’ai l’impression que la traduction de ses textes est passée inaperçue dans la presse (à part l’Huma et la Quinzaine). Pour qui veut compléter ma lecture du dimanche par une présentation et des analyses plus étoffées de l’ensemble de l’oeuvre, je signale les critiques de Bartleby les yeux ouverts et de la Revue des ressources. L’Atelier littéraire que Pascale Casanova lui a consacré a eu lieu le 13 juin 2010, mais il n’est plus disponible (un jour peut-être dans les avant-dernières choses).
J’ajoute ce lien : on y lira l’auteur (au sens plein) de la traduction française, Bernard Banoun, entouré de collègues, au meilleur de leur forme, attelés à la traduction d’un morceau (d’anthologie) de Kofler (tiré d’Automne, liberté). Où l’on verra aussi que la virtuosité de l’auteur et son inventivité redoutable se reflètent trait pour trait, mot pour mot, dans celles de son (ses) traducteur(s). Et inversement.