Book days in Brittany: day two

8 novembre 2009

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A la veille de la Toussaint, dans une librairie à l’écart, discrète, recroquevillée pour tout dire, je trouve ce livre dont la composition fut réalisée elle aussi retiré du monde, l’Homme devant la mort en Occident (1977), le grand œuvre de Philippe Ariès. « Historien du dimanche », c’est lui qui le disait. Il disait aussi « réactionnaire ».

Toujours est-il que j’aime le « devant » du titre.

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Le soir je lis son avant-propos : il a pu achever son ouvrage au Woodrow Wilson International Center for Scholars de Washington, sis en « un fantastique château de brique rouge dont le style néo-Tudor invite au détachement du siècle », une « abbaye laïque » dont les fenêtres donnent sur le Mall.

Je retrouve dès les premières lignes la puissance des travaux historiques des années 70 : ampleur chronologique, audace des questionnements, beauté tranquille de la langue, souci anthropologique de découvrir « dans le temps » les variants et invariants de notre humanité.

Philippe Ariès, L’homme devant la mort, p.13:

« Nous allons nous demander très naïvement comment meurent les chevaliers dans la Chanson de Roland, les romans de la table ronde, les poèmes de Tristan… »

arièsJ’y reconnais aussi le défaut d’un autre de ses ouvrages, l’Enfant et la vie familiale, que j’avais été amené à étudier plus sérieusement : la focalisation trop exclusive sur les sources littéraires et artistiques. La mort est perçue trop souvent par ceux qui ont écrit, raisonné, représenté. Disent-ils seuls l’esprit du temps ?

Sinon, tout est comme a dit Paul Edel. C’est au bas de la rue Ernest Renan à Tréguier, Côtes d’Armor.

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Lumière parcimonieuse, taux d’humidité assez élevé, bibliothèques ployantes de merveilles par centaines. Le patron devise avec un habitué. Politique internationale, nationale, locale. Vieillissement, retraite, maladie, mort. Riche endroit : outre Ariès, je trouve d’étranges documents sur l’URSS des années 50. Je les offrirai à Monsieur Thée (peut-être nous fera-t-il le plaisir d’une recension? Puisse-t-il m’entendre), je ne peux m’empêcher de les feuilleter. Au hasard dans celui-ci:

Orient soviétique
En Ouzbékistan, p.229:

« Je les ai souvent observées, ces paysannes et ces ouvrières. Elles se tiennent avec la noble réserve, la distinction innée des filles de la steppe. elles ont le regard droit, les traits sereins, le calme des êtres assurés du lendemain qui avancent paisiblement vers l’avenir. Elles sont débarrassées à jamais des stigmates tragiques de l’humiliation, de la peur, de la lutte atroce pour la vie que reflètent tant de regards traqués rencontrés dans les médinas, les bidonvilles et les mechtas d’Afrique, et que l’on ne peut plus oublier »

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Celui-là est nettement plus distancié mais tout aussi exotique

Sur les routes d'URSS

Drôle d’époque et purs objets d’histoire, un orientalisme de Guerre froide dans ces pages qu’on ne trouve nulle part ailleurs qu’en ce lieu miraculeux.

simon dallebach02A la fin, la belle jeune femme blonde qui fouillait les étagères en même temps que moi m’offre cette étude sur Claude Simon .

botticelli_birth_venus_2(on croit rêver !)

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Book days in Brittany: day one

2 novembre 2009

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Il faut passer outre le léger agacement. Vu de Bretagne Paris c’est souvent (encore, pas toujours) l’endroit où l’on ne voudrait pour rien au monde habiter, où l’on respire mal (mais respirais-je mieux dans la petite ville du Grand Ouest où se sont tranquillement écoulées mon enfance et mon adolescence?); Paris où l’on vous marche dessus (ah! marcher sur des gens) ; et puis on est si bien, en Bretagne, la nature. La nature en Bretagne, vaste sujet en effet.

On part donc sur les routes pour quelques book days (cette belle expression de Bergounioux, de ses essentiels Carnets de notes). En premiers lieux deux librairies-cafés, ou cafés-librairies, le genre est à la mode, il y a même un réseau entier, une fédération des cafés-librairies bretonnes.

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Première étape à Huelgoat, au sud de Morlaix. Au milieu (enfin au sortir) d’une forêt peuplée de gros rochers ronds, on trouve l’Autre rive.

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Une maison, des fauteuils de cuir, une terrasse plus qu’agréable en cet été indien. La charcuterie est bonne, le tenancier sympathique, si l’on tient compte de mon avertissement liminaire.

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Livres en petit nombre bien sûr, mais c’est là aussi l’intérêt de ce genre d’échoppe : mettre sous les yeux ce qui disparaît habituellement dans la masse des nouveautés. Le librairie sait qu’il n’a aucun intérêt, dans tous les sens du terme, à rivaliser avec les grosses écuries urbaines en proposant les ouvrages dont on parle partout.

La sélection se fait intempestive.

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Plus au nord, dans la baie de Morlaix, le plus ancien (à ma connaissance) des cafés-librairies de la région, qu’on fréquente régulièrement depuis dix ans. Caplan and Co, à Poul Roudou pour être précis.

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Sélection littérature assez impeccable, beaucoup de philosophie, quasiment tout Gracq chez Corti (ce que, pour le coup, on ne trouve pas toujours ailleurs).

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Petite promenade au bord de la mer, la lumière ingrate me convient bien. Puis On the road again, direction les librairies d’occasion plus à l’est.

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